Hélène's profileLe voyage de Mandragore ...PhotosBlogListsMore Tools Help

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    May 30

    Chapitre 21 bis (Carnet de bord écrit par Laurent) : 3 mai – 18 mai : Jacaré – Kourou, navigation du Brésil à la Guyane française

    chap 21 Nav Jacare Kourou (3)chap 21 Nav Jacare Kourou_16

    2h du matin, « Laurent, vite, il y a un grain qui se ramène ! ». J’entends Hélène dévaler l’échelle de descente et fermer tous les panneaux de pont. A peine le temps de bondir de ma couchette que la piaule est déjà sur nous. Mandragore prend une bonne gîte, un coup d’œil au GPS m’indique 8 nœuds et demi. Quelque part dans le ciel quelqu’un a dû ouvrir le robinet géant, et des cataractes se déversent sur le pont. Le temps de choper mon ciré et je suis sur le pont. Hélène coupe le pilote automatique qui ne tient plus son cap dans ces conditions et je prends la barre. Le ciel est noir d’encre, la mer bave d’écume phosphorescente. Nous sommes à 1° Sud et 38 Ouest, en plein pot au noir, à hauteur de l’Amazone. Depuis dix jours, le temps alterne successivement et sans transition du calme plat aux bourrasques à 30 nœuds. C’est éreintant. Prendre un ris, larguer le ris, affaler le genaker, rouler du génois, ferler l’artimon… plusieurs fois par jour, puis tout ré-hisser…  

    Pour la seconde fois en cinq mois, nous traversons cette mer de misère, calvaire des marins d’autrefois (et d’aujourd’hui) comprise grosso modo entre 5° de latitude Nord et Sud. Pour dire vrai, y en a marre, et je me dis que dorénavant on restera bien sagement dans les alizés.

    Au début les grains on les appréhende, en voyant ces énormes masses sombres très basses et zébrées d’éclairs, qui nous arrivent dessus. Mais au bout de quelques jours de pétole exaspérante, on les bénit ! Mandragore n’est pas un bateau de très petit temps. Dans moins de 5 nœuds de vent, on ne bouge pas, ou disons à peine. Et puis, c’est le piège, à chaque fois qu’on envoie un maximum de toile légère, on peut être sûr qu’un grain va débouler pour tout arracher.

    La mer enseigne la patience. Ce n’est pas tant l’absence de vent qui irrite à la longue, mais plutôt la grosse houle faisant rouler le bateau bord sur bord, claquer les voiles, et souffrir le gréement. Ainsi deux nuits de suite, à défaut de vent, nous avons dû nous mettre à la cape. On affale presque tout et on met la barre sous le vent. Le bateau conserve alors un angle constant par rapport à la houle, et on se fait moins balloter. Le quart se limite alors à jeter un œil à 360° tous les quarts d’heures pour voir s’il n’y a pas de cargos aux alentours. Il est bien rare qu’une petite brise n’accompagne pas le lever du jour, et nous pouvons alors nous remettre en route. 

    Les occupations en mer ne manquent pas. La navigation proprement dite, l’entretien et le nettoyage courant, le contrôle quotidien d’un certain nombre de points sensibles dans le gréement et les voiles, la réception des fichiers gribs météo nous occupent déjà pas mal de temps. A cela s’ajoutent la cuisine (on mange très très bien à bord, c’est une sorte de concours à chaque repas !), les bricolages les plus divers, la lecture, l’accordéon et la guitare, un petit DVD occasionnellement le soir, l’écriture du journal de bord, ou encore l’observation des dauphins qui viennent parfois jouer devant notre étrave… Et la pêche dans tout ça ? Jusqu’à présent on n’a pas trop fait d’étincelles dans ce domaine, mais un jour viendra…

    Mile après mile, lentement le trait s’allonge sur la carte, nous gagnons du nord et l’équateur est enfin dans le sillage. Bientôt l’eau passe du bleu profond au marron de l’Amazone. Nous sommes ahuris de constater les remous et courants de marée du grand fleuve à plus de 140 miles des côtes, 1 à 2 nœuds avec nous, puis contre nous, ou sur le travers. Qu’il est bon d’avoir le GPS dans ces conditions ! La navigation au sextant dans ces eaux doit être d’autant plus ardue que le soleil est loin d’être au rendez-vous tous les jours.

    Le 13ème jour, vers 4° Nord, le flux se mobilise, et nous entrons véritablement dans le courant des Guyanes. Plus 2 à 3 nœuds avec nous. La récompense ! L’alizé de Nord apparait alors et c’est à des vitesses record que nous fonçons sur Kourou. 180 miles sur les dernières 24 heures avec des pointes régulières à 10 nœuds, grand largue, quasiment tout dessus. Même si la fatigue commence à se faire sentir, c’est un régal de barrer.

    Le 18 mai, vers 14 heures, sous un ciel saturé de grains noirs, une touffe de terre émerge de l’horizon, ce sont les îles du Salut (Royale, St Joseph et l’île du Diable) à quelques encablures de Kourou et sa station spatiale. Deux heures plus tard, nous embouquons l’étroit chenal du fleuve Kourou dont les eaux raniment en moi de bons souvenirs de funboard et de hobbie 16 six ans auparavant… Le sondeur se met à brailler. Un œil à son écran nous indique qu’il n’y a plus que 60 cms d’eau sous la quille, alors que nous sommes à l’étale de pleine mer, au beau milieu du balisage latéral. Devant nous, une dragueuse (ou comme la surnomment les marins, une « Marie-salope ») brasse des tonnes de vase. Nous les contactons par VHF. Le commandant nous rassure, la cote minimale est à 2 mètres 50, et nous pouvons continuer à évoluer sans souci. Plus tard, nous apprendrons que l’embouchure du fleuve Kourou est draguée 365 jours par an pour permettre au « MN Colibri » de livrer les morceaux d’Ariane 5 en provenance d’Europe. La fin justifie les moyens.

    A hauteur du modeste port de pêche, nous jetons la pioche par-dessus bord, par 5 mètres de fond vaseux avec 35 mètres de chaîne. Une dizaine de bateaux de voyage évitent tranquillement autour de nous, la lumière se fait plus douce, des senteurs boisées et des chants d’oiseaux accompagnent notre traditionnel apéro-débriefing de chaque arrivée. Une agréable page de 15 jours de vie marine se tourne. A nous la Guyane !!

    May 28

    Nouvelles du 28 mai 2008

    Bonjour a tous depuis Kourou où nous faisons escale depuis une dizaine de jours.

    Plein de choses a vous raconter... Nous profitons des beautés de la forêt, du fleuve, de rencontres formidables… mais nous vous donnerons plus d’infos dans notre prochain carnet de bord. D’ici là, le chapitre 21 et ses photos (« 3 mai – 18 mai : Jacaré – Kourou, navigation du Brésil à la Guyane française ») sont mis en ligne.

    http://levoyagedemandragore.spaces.live.com

    Nous pensons quitter la Guyane en début de semaine prochaine direction Trinidad, environ 5 jours de mer.

    A bientôt !

    Helene et Laurent

    Chapitre 21 : 3 mai – 18 mai : Jacaré – Kourou, navigation du Brésil à la Guyane française

    chap 21 Nav Jacare Kourou (1)chap 21 Nav Jacare Kourou (10)chap 21 Nav Jacare Kourou (4)chap 21 Nav Jacare Kourou_66chap 21 Nav Jacare Kourou (3)chap 21 Nav Jacare Kourou (6)chap 21 Nav Jacare Kourouchap 21 Nav Jacare Kourou (18)

    Samedi 17 mai, 17h, j’enchaîne direct sur une grosse sieste ! Crevés, mais heureux, nous venons d’atteindre le mouillage de Kourou. En deux semaines de mer, nous avons parcouru 1472 miles. Il s’agit de la plus longue navigation tous les deux à bord de Mandragore, distance même un peu plus longue que celle de notre traversée de l’Atlantique (1287 miles entre le Cap Vert et Fernando de Noronha). Comment décrire ces deux semaines ? Certains doivent sûrement penser, chaque jour se ressemble, toujours de l’eau autour de vous, peu d’espace où bouger, des activités qui se répètent… et pourtant chaque jour apporte son lot de nouveautés et de surprises. En attendant le carnet de bord de Laurent… (patientons, patientons…), et pour que vous ayez tout de même des nouvelles récentes, je vous propose de lire des extraits de notre journal de bord maritime. Ce journal n’a rien d’un journal intime, il est obligatoire à bord. Il sert à noter régulièrement son point pendant nos navigations, et autres infos utiles. A chaque fois, doivent être notés la date, l’heure (en UTC, ainsi pas de confusion lorsque l’on change de fuseau horaire), le loch (nombre de miles parcourus pendant cette navigation / et nombre de miles parcourus au total par le bateau depuis notre départ, abréviation : nm), le cap, la vitesse (en nb de nœuds, 1 nœud = 1,8 km/heure), la position (latitude et longitude), le baromètre, le vent et nos remarques. Vous suivrez ainsi une des tâches quotidiennes du bord, tâche répétée au moins cinq-six fois par jour. Bienvenue à bord de Mandragore pour deux semaines de navigation…

     

    -          Samedi 3 mai :

    o        17h45 UTC, 14h45 heure locale, Loch 0/6255 nm, Cap 45°, Vitesse 4 nœuds, Position 7°02’S/34°51’W, Baromètre 1011 hp, Vent : Sud-Est force 2-3. Départ de Jacaré sous voiles, direction Kourou. Grand soleil.

    o        20h25 UTC, 6 nœuds, SE force 3, on passe la dernière bouée du chenal. Mandragore a rejoint l’océan. Vent de travers. Bateau avance bien.

     

    -          Dimanche 4 mai :

    o        3h50, 50 nm, 30°, 5 nœuds, 6°16’4’’S/34°38’6’’W, 1011 hp, SE force 3. Nuit étoilée, quelques nuages. Quelques grains pendant la nuit.

    o        11h30, le vent passe au sud. Navigation plein vent arrière

    o        18h10, 113 miles parcourues en 24 heures, soit une moyenne de 4,7 nœuds. Vent toujours Sud. Devrait passer Est lorsqu’on aura dépassé pointe Nord-Est du Brésil. Essais de contacter voilier Ghudull via la BLU sur fréquence et heure convenues : 8280 Khz à 12h et 18h heure locale, mais on ne reçoit rien… Douche sur le pont en écoutant Amélie Poulain.

     

    -           Lundi 5 mai :

    o        3h50, 156 nm, 350°, 4 nœuds, 4°76’’S/34°46’47’’W, 1013 hp, SE force 3. Belle nuit étoilée. Je repère des constellations comme la Croix du Sud, Centaure, le Loup, le Scorpion, la Balance. Un bateau de pêche est passé près ! Nous contourne par l’arrière.

    o        12h30, Vent faiblit, passe à l’est.

    o        17h00, 206 nm, 315°, 3 nœuds, E force 1-2. Pas un bruit, seul le grincement de la bôme dont on se passerait bien. Alors qu’il y a pétole et qu’on semble faire du sur place, on avance quand même à 3 nœuds. C’est parce que nous avons le courant avec nous. Il nous fait gagner pratiquement deux nœuds. Présence de quelques dauphins. 2ème jour = 93 miles parcourus.

    o        20h00, 216 nm, 320°, NE force 3. Vent vire au Norde. J’ai coupé 10-12 cms à mes cheveux ! Ca me fait bizarre, je ne pensais pas en couper autant, mais Laurent les trouvait trop longs. C’est vrai qu’ils approchaient bientôt le nombril…

     

    -          Mardi 6 mai :

    o        5h05, 262 nm, 290°, 3 nœuds, 6 nœuds pendant les grains, 3°37’9’’S/36°08’9W, 1011 hp, N force 3, Vent instable, ponctué de grains dans la nuit. Impression bizarre d’entendre un bruit de moteur dehors, mais je ne vois rien !

    o        14h00, 295 nm, 330°, NW1, Vent faiblit et curieusement passe au Noroit, soit en plein dans le nez… On allume le moteur.

     

    -          Mercredi 7 mai :

    o        1h45, 330 nm, 0,7 nœud, 3°14’S/37°08’W, 1011 hp, Vent 0… A la dérive, la mer est un lac, un miroir pour les étoiles qui s’y reflètent. Pas un nuage, courant pousse à l’ouest 0,7 nœud. Spectacle de cette nuit est superbe…

    o        11h45, 2 nœuds, NW force 1, Vent se lève, mais faiblard. Dauphins viennent jouer près de l’étrave. On alterne avec et sans moteur, histoire d’avancer un peu.

     

    -          Jeudi 8 mai :

    o        8h55, 443 nm, 300°, 5 nœuds, 2°26’57’’S/38°39’92’’W, 1010 hp, N force 3. Vent s’est levé avec levée du jour, mais malheureusement ne passe toujours pas à l’est. On tire des bords.

    o        18h55, 482 nm, 320°, 6,5 nœuds, ESE force 5. Gros grain, réduction des voiles, vent a changé sa direction, puis tout est retombé…

     

    -          Vendredi 9 mai :

    o        4h00, 520 nm, 320°, 4,5 nœuds, 1°54’26’’S/39°40’76’’W, 1010 hp, NE-E force 2. Petit vent, mais on avance et au cap. Présence quotidienne d’éclairs autour de nous.

    o        9h15, 545 nm, 325°, 6,5-7 nœuds, NE force 4. Entre vent de travers et près. Ca fonce ! Retour des poissons volants, on voit qu’on se rapproche des alizés.

    o        17h20, 300°, N force 2. Vent est retombé, on a viré de bord, ma ligne de pêche est passée sous le safran… On s’est mis à la cape, Laurent a plongé et on a tout récupéré !

     

    -          Samedi 10 mai :

    o        4h00, 636 nm, 325°, 6,5 nœuds, 0°57’21’’S/41°21’47’’W, 1010 hp, NE force 4. Génois léger est sorti. Mandragore court… Dauphins et étoiles au rendez-vous.

    o        6h50, 650 nm, NE force 3. Un grain, mais bizarrement pas de grosse accélération du vent cette fois-ci

    o        17h40, 700 nm, 320°, 5 nœuds, NE force 0-1 : Plus de vent depuis ce midi. Moteur…

     

    -          Dimanche 11 mai :

    o        01h45, 730 nm, 325°, 5 nœuds, 0’00’N/42°44’W. Nous passons l’équateur ! Bienvenue dans l’hémisphère nord. Dommage que ce soit au moteur…

    o        17h15, 796 nm, 300°, 5,5 nœuds sous moteur, 1,5 nœud sous voiles, NE force 0-1. Pas la forme, et stress intérieur à la vue des rougeurs qui me sont subitement apparues sur la main et l’avant bras droit depuis ce matin. Peur de la dengue, mêmes symptômes de petits vaisseaux qui éclatent, mais ce n’est surement pas ça, je n’ai pas de fièvre. Certes je me sens fatiguée, mais pas plus que d’habitude, c’est seulement dû à notre peu de sommeil. Attendons donc de voir. Ma sieste tout à l’heure m’a fait du bien. Ca n’évolue pas. C est surement qu’une allergie au soleil ou à autre chose. J’espère que ça partira vite.

     

    -          Lundi 12 mai :

    o        4h10, 838 nm, 0 nœud, 0°43'18"N/4'°07'91"W, Vent 0, à 150 miles au large de Sao Luis. Toujours des grains, un vent instable, et le reste du temps pétole. Merci moteur, mais nos ressources en gasoil ne sont pas inépuisables, alors on mettra surement plus de temps que prévu, on attend le vent, les grains, on avance par à-coups. Attendre est parfois mieux qu’avancer à 1 ou 2 nœuds avec les voiles qui claquent, au point que ce soir on s’est mis à la cape... Ciel bouché, pas d’étoiles.

    o        9h30. Toujours pas de vent, toujours à la cape… On rallume le moteur…

    o        13h30, 857 nm, 340°, 6-7 nœuds, ESE force 4. Vive le vent, vive le vent… ! C’est étonnant à quelle vitesse on peut passer d’un force 0 à un force 4-5 en moins d’une minute !

    o        17h10, 871 nm, 320°, 5 nœuds, SW force 3. Le vent a tourné. Nouveau réglage de voiles, mais on avance sous voiles, c’est le principal ! (Pour la néophyte de la voile que je suis, le positif de toutes ces manœuvres est que j’apprends ! Je suis contente car je sens que je comprends de mieux en mieux, comment ca marche, pourquoi on choisit tel réglage, telle décision, le vent, les courants, les voiles, le bateau… comment tout ça s’imbrique. C’était un monde si méconnu pour moi. J’ai encore énormément à apprendre, mais chaque jour j’apprends un peu plus.)

    o        20h25, 886 nm, 300°, 7-8 nœuds, S force 4. Toujours du vent et un bon et long grain en ce moment. Ca fonce !

     

    -          Mardi 13 mai :

    o        4h25, 918 nm, 0°, 7-8 nœuds, 1°42’04’’N/44°56’02’’W, 1013 hp, SE force 5. Encore un grain. Mer étonnante, toute phosphorescente sous l’effet de la lune, parsemée de blanche écume. Magnifique…

    o        16h40, 965 nm, 20°, 1,5 nœud, NW force 1-2. Phénomène bizarre. Cap à 20 au GPS et 280 au compas du cockpit ! Impression d’avancer alors qu’on est à moins de 2 nœuds. Jusque là nous avions un courant porteur, et là en comparant la vitesse GPS et notre vitesse à vue, nous avons clairement un courant contraire, dû à l’influence de la rivière Amazone qui se jette dans l’océan.

     

    -          Mercredi 14 mai :

    o        3h10, 1013 nm, 340°, 5 nœuds, 2°35’20’’N/46°04’13’’W, 1014 hp, Vents qui tournent sans cesse, pluie non stop, houle croisée, obligés de rester constamment à la barre, c’est la fête ! Impression d’aller vite, mais nous sommes ralentis par un courant contraire. Grosse fatigue à bord, mais on garde le moral. N’est-ce pas Lenou ?

    o        5h45, 7-8 nœuds, E force 4-5, Oui, toujours ! C’est le plus important. « L’épuisement des forces n’épuise jamais la volonté » comme dirait un certain Victor Hugo ! Courant à nouveau avec nous, on fonce !

    o        18h05, 1083 nm, 295°, 5 nœuds, N force 3. Grand soleil, bon vent, belle mer. Après la nuit d’hier, ça fait du bien !

     

    -          Jeudi 15 mai :

    o        3h00, 1124 nm, 310°, 5,5-6 nœuds, 3°31’77’’N/47°29’56’’W, 1014 hp, NE force 3-4. Nuit claire et reposante. Du vent, mais pas de grain. Génois moitié enroulé et 1 ris dans la grand-voile.

    o        15h35, 1187 nm, 315°, 3-4 nœuds. Vents plus faibles, mais toujours à la voile.

    o        19h25, 1202 nm, 275°, 0,5 nœud ; NE force 0-1. Surprenant, un grain, de la pluie, mais pas de vent.

     

    -          Vendredi 16 mai :

    o        15h15, 1289 nm, 320°, 6-6,5 nœuds, 4°34’31’’N/49°56’37’’W, 1014 hp, E force 3. Depuis cette nuit, minuit toujours du vent. Il nous reste plus que 165 nm avant les îles du Salut !

    o        21h45, 1331 nm, 300°, 7,5-8 nœuds. On avance toujours aussi vite. Mandragore doit avoir hâte d’arriver au port ! Si on maintient une bonne vitesse on arrivera avant la nuit dès demain.

     

    -          Samedi 17 mai :

    o        7h05, 1405 nm, 300°, 8-10 nœuds, 5°14’49’’N/51°41’28’’W, 1012 hp, E force 5. Impressionnant ! Toujours autant de vent, voire force 7 pendant les grains. Même avec un ris et génois moitié enroulé, on a fait des pointes à 10,3 nœuds !

    o        9h25, 1423 nm, 310°, 8-9,5 nœuds, E force 4. On barre tout le temps depuis cette nuit, car le pilote n’est pas précis. On gagne ainsi des miles et du temps pour atteindre Kourou avant la nuit.

    o        19h00, 1472 nm. Nous voici au mouillage !

    May 21

    Mail envoyé à tous le 21 mai 2008

          Bonjour à tous !
    Bien fatigués, mais heureux, après deux semaines de mer et un peu moins de 1500 miles, nous venons d’atteindre la Guyane française, plus particulièrement le mouillage de Kourou. Cette navigation s’est composée, comme prévue, d’une alternance de grains et ses coups de vent, de pétole et ses heures de patience ou de moteur, de vent instable et ses successifs nouveaux réglages de voiles, de soleil et de pluie. Je n’en parlerai pas d’avantage car Laurent est en train de nous écrire le carnet de bord de ces deux semaines…
    Grosses bises à tous. A bientôt !
    Hélène et Laurent

    Chapitre 20 : 20 avril – 03 mai : De Salvador à Cabadelo-Jacaré, dernières escales brésiliennes

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         Quittant Itaparica le 20 avril, nous faisons une dernière escale à Salvador, retrouvons le temps de deux soirées le voilier Catafjord, un voilier que nous aimons bien et dont nous vous avons déjà parlé. Ils voyagent à trois générations sur le même bateau, Enzo 2 ans, Claire et Jérôme les parents, Malou et Dominique les grands-parents (www.voyagedenzo.com). C’est toujours un vrai plaisir de les retrouver…

    Nous remontons la côte de Salvador à Jacaré, près de Joao Pessoa dans le nord-est brésilien, 5 jours et demi de mer, les premiers jours peu de vent, et le si peu, un vent debout ponctué de grains réguliers. Pendant les grains, le vent monte fortement et puis rapidement retombe. Contre toute attente à cette saison, la remontée se fait donc en tirant des bords ! On profite de ces moments de calme pour s’adonner à des activités qu’on ne peut pas faire quand le bateau gîte trop, comme bricoler, écrire, cuisiner ou encore couper les cheveux de Laurent ! (Grâce à l’outil de professionnel que m’a offert Franck, un ami coiffeur à Angers, c’est beaucoup plus facile de faire un beau dégradé. Ca marche à tous les coups ! Laurent est content de sa coupe, c’est le principal. La prochaine pourra à présent attendre fin juillet juste avant notre prochain aller-retour en France.)

    La répartition de nos quarts s’installe, Laurent fait les débuts de nuit à partir de 19h, pendant 4 à 5 heures, puis je prends la relève 4 à 5 heures. En journée, à part une petite sieste de deux-trois heures, pour ma part au petit matin, et Laurent dans l’après-midi, on reste tous les deux éveillés. Les deux premières nuits de veille sont plus difficiles. Qui n’a pas la tête en vrac à trois heures du matin lorsqu’une voix, si réconfortante soit-elle, vous réveille en murmurant « Il est 1h du mat, c’est ton tour ! ». Mais une fois que l’organisme s’est habitué à ce nouveau rythme saccadé de sommeil, les quarts de nuit offrent des moments uniques. La nuit… A terre, je n’ai jamais remarqué qu’elle pouvait offrir autant de facettes. Nuit noire et inquiétante, nuit claire et apaisante, nuit magique et resplendissante d’étoiles, la nuit…

    Le ciel d’étain au ciel de cuivre

    Succède. La nuit fait un pas.
    Les choses de l’ombre vont vivre.
    Victor Hugo

          Seuls quelques bateaux de pêche ou supertankers qu’il faut surveiller attentivement viennent interrompre notre affectueux dialogue avec les éléments.

    Le dernier jour changement étonnant, le vent passe au Sud. Cela nous permet d’avoir le vent de travers par rapport à notre cap. Au départ le vent est faible, on avance à 2-3 nœuds ! puis changement radical dans la matinée, le vent se lève franchement, montant rapidement à force 7, et se maintient toute la journée avec de la pluie. Avec 2 ris dans la grand-voile et le génois à moitié enroulé, on tient régulièrement des moyennes de 8 nœuds Afin de préserver le pilote automatique et pour bien sentir le bateau, nous barrons sous la pluie. Journée fatigante me direz-vous ? Si toutes étaient ainsi, je dirais sûrement oui, mais aujourd’hui je suis heureuse de vivre cet instant, sentir la mer, le vent, la houle, les embruns en pleine figure, sentir vivre les éléments, sentir mon ciré qui se trempe, la pluie n’est rien, elle est chaude, j’oserai même dire qu’elle fait du bien. C’est aussi cela la mer. Cette même mer, qui sait être si douce et délicate, elle sait devenir tout aussi agressive et effrayante... Elle est vivante, tout simplement. J’ai peur pour Mandragore, es-tu bien à l’aise ? Mais ses voiles assurées et sa coque fendant la houle semblent vouloir me rassurer. Elles me répondent ne t’inquiète pas, notre matériel est bon, on trace notre route, on vous protège.

    Nous atteignons Cabadelo à la tombée de la nuit. On ne voit pas grand-chose, il faut faire attention, il n’y a pas beaucoup d’eau et des bancs de sable à certains endroits, mais le chenal est bien balisé.

    Le lendemain matin, nous rejoignons quelques miles plus loin le village de Jacaré. Nous y retrouvons à la marina et au mouillage d’autres bateaux de voyage. Cette marina, construite par Philippe, un français installé ici depuis sept ans, est ouverte depuis septembre dernier seulement. Elle offre l’accès à l’eau, l’électricité, aux douches, au gasoil et à la wifi. L’ancre à peine jetée, un américain, voilier voisin du nôtre, vient nous voir sur son annexe, et nous invite à boire un verre à l’un des bars sur pilotis ce soir. Tom a acheté son bateau en Australie il y a trois ans. Il le ramène tranquillement aux Etats-Unis en ponctuant son retour de nombreuses escales en Asie, en Afrique. Le retour est à présent proche, mais ses yeux parlent pour lui, il pense déjà à repartir. Il travaillait avant dans la Navy en tant que pilote d’hélicoptère. Il a beaucoup navigué avec sa femme et sa fille quand celle-ci était âgée de 6 à 13 ans. Aujourd’hui sa femme préfère rester plus souvent aux Etats-Unis près de sa fille et ses petits-enfants. Il le regrette évidemment, mais ils ont trouvé un compromis et elle le rejoint de temps en temps.

    Jacaré n’est pas une escale incontournable pour ses paysages, quelques bars et restos touristiques, une plage assez éloignée, un village près d’une grande ville, beaucoup de moustiques… mais elle est une escale agréable et reposante avant la remontée jusqu’en Guyane. Bien sûr la côte offre par la suite d’autres ports sur notre route comme Fortaleza, Sao Luis, Belem… mais nous préférons rester éloignés des côtes, bénéficier ainsi des courants porteurs et éviter les barques de pêche naviguant sans feux même à plusieurs dizaines de miles au large. Nous en profitons pour faire un peu de bricolage et de couture, comme une housse imperméable pour une banquette de quart et une protection anti-UV pour notre annexe. Vendredi, journée papiers d’entrée à Cabadelo et dans la foulée sortie du territoire. Comme à chaque fois au Brésil, il faut compter minimum une demie-journée, voire quasiment la journée complète pour obtenir ses fameux papiers et coups de tampons, d’abord la police fédérale puis les douanes et enfin la capitainerie. Evidemment tout n’est pas au même endroit, voire pas dans la même ville puisqu’aujourd’hui vendredi 2 mai, la police fédérale de Cabadelo fait le pont. Les heures d’attente, de transport, et complications s’enchainent. Heureusement, ne restant que quelques jours, nous avons pu faire notre entrée et notre sortie en même temps. Amis navigateurs, rassurez-vous, il parait que certains ont eu plus de chance que nous !

    Cette escale sera aussi l’occasion de rencontrer Michel et son fils François sur leur beau voilier bois Marie-Galante, que Michel a construit. Rencontre et coïncidence étonnantes, à Jacaré-même, mais il y a quelques semaines, Michel a fait la connaissance d’un autre couple de français, dans les mêmes âges que nous, eux aussi à bord d’un voilier nommé Mandragore ! Il nous transmet leurs coordonnées. Peut-être que nos prochaines escales maritimes nous permettront de les retrouver. La veille de notre départ, nous rencontrons Julie et Lionel, à bord d’un voilier, facilement reconnaissable, une copie conforme du Captain Brown de Loïc Fougeron, mais grée en côtre. (A bord de ce bateau, Fougeron, comme Bernard Moitessier, avait pris le départ de la première course autour du Monde en solitaire et sans escale en 1968). Julie et Lionel habitent à l’île de Ré. Elle est professeur à domicile, il est skipper de la Jonque d’Arz en Ré. Ils avaient prévu de faire la descente jusqu’en Casamance puis la transat ensemble, mais… Julie est tombée enceinte plus tôt que prévu ! Elle est restée en France le temps des examens obligatoires les trois premiers mois, et a pu rejoindre le futur papa à Fernando de Noronha. Quelques regrets d’une navigation écourtée pour Julie, mais rapidement estompés par la pensée de ce grand bonheur à venir ! Leur prochaine transat se fera donc à trois ! D’autres rencontres marquantes ? Oui, c’est aussi cela la richesse de ce voyage ! Nous ne raconterons pas tout ici, mais citons quand même Gabriela et Andre, un couple brésilo-italien sur Curupira, leur voilier bois portugais de 42 ans qu’ils restaurent depuis quelques mois, ou encore Pascal et Marie-Line à bord de Ghudull. Le plus drôle est que nous nous sommes déjà croisés aux Canaries, Fernando de Noronha, puis Salvador, mais sans jamais prendre le temps de discuter longuement. Soit nous partions lorsqu’ils arrivaient, ou inversement. Ils me rassurent, eux aussi ont une BLU, et autant de problèmes que nous à la faire fonctionner. Comme nous, la réception des mails est quasi nulle depuis le Cap Vert. Ils en ont parlé à d’autres qui connaissent les mêmes soucis. Parait-il que c’est normal, cela s’arrangera lorsque nous remonterons, à partir de la Guyane. En effet, cela s’avèrera vrai. Nous parviendrons à recevoir des bulletins grib météo quelques jours plus tard !

    Allez, il faut y aller. La marée va bientôt redescendre, il nous faut lever l’ancre, remonter le chenal et atteindre le large avant la nuit. A bientôt ! On se retrouve dans 15 jours environ à Kourou !