Hélène's profileLe voyage de Mandragore ...PhotosBlogListsMore Tools Help

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    April 19

    Chapitre 19 : 30 mars – 19 avril, la Patagonie (suite et fin) : Ile de Chiloe, Valparaiso, Santiago (Chili), Sao Paulo, Salvador (Brésil)

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    Nous voici rentrés à Salvador de Bahia, où nous avons retrouvé le bateau. Tout va bien, rien n’a bougé. De l’île de Chiloé jusqu’à la baie de Salvador, cent heures de bus nous furent nécessaires pour traverser le continent, passer de l’océan pacifique à l’océan atlantique, ponctuées de deux escales deux journées à Santiago et Valparaiso, puis une autre sur Sao Paulo. Nous comptions aussi nous arrêter à Rio de Janeiro, mais les habitants connaissent actuellement une épidémie de dengue. On se disait que l’épidémie n’était peut-être que concentrée dans les favellas, mais même les brésiliens nous déconseillent d’y aller (d’autant plus que je l’ai pour ma part déjà attrapée il y a quelques années dans un autre pays, une seconde crise pourrait être plus grave). Laurent voulait voir Rio, tant pis ce sera pour une prochaine fois !

    Nous restons dans la baie de Salvador le temps de quelques travaux d’entretien avant notre prochaine navigation (carénage, changement du parc batteries, couture d’une housse pour l’annexe et autres petits travaux de bricolage…). Il fait beau et chaud. Les températures la nuit nous changent radicalement de celles vécues sous la tente en Patagonie ! On vient de mettre sous vide et rangé en fond de placards nos vêtements d’hiver. On ne devrait plus en avoir besoin pour un petit moment. En retournant quelques jours sur l’île d’Itaparica, dans la baie de Salvador, nous avons retrouvé plusieurs bateaux français comme Brigitte et Jean-Michel, rencontrés il y a deux mois sur le rio Iguacu à Santiago de Iguape, ou encore David et Catherine, et leur fils de deux ans Eric. Leur rencontre est étonnante. David reconnait notre bateau qu’il a gardienné dans le Morbihan il y a vingt ans, il avait alors dix ans. Il se rappelle très bien de son constructeur Jean-Yves et de sa famille partis faire un grand voyage en Méditerranée à bord de Mandragore... En poursuivant la discussion on se rend compte que nous avons également d’autres amis communs, comme Juliette de la Chaloupe à Noirmoutier !! mais aussi Fanch, Fatya et François à bord de « Loco », le voilier que nous avions remorqué à la Corogne, lorsqu’ils étaient en galère de moteur. Le monde est petit n’est-ce pas !

    Nos travaux sont terminés, la coque et le pont sont nettoyés, les pleins d’eau, gasoil sont faits. Nous sommes à présent prêts, la météo est bonne, nous reprendrons la mer lundi, direction Jacaré, au nord du Brésil, puis la Guyane française, où nous attend un colis… notre nouveau safran de régulateur d’allure. Nous devrions atteindre le port de Kourou dans deux ou trois semaines.

     

    Retour en arrière sur nos dernières destinations…

     

    L’île de Chiloe…

     

    Samedi 29 mars, 23h, après ces 32 heures de traversée dans les canaux, le ferry nous laisse à Quellon au sud-est de l’île de Chiloé. Nous trouvons rapidement un hébergement pour la nuit, un enfant nous accoste pour nous proposer une chambre chez ses parents près du port. Au petit matin, nous repartons sacs sur le dos en vue d’en découvrir un maximum pendant ces quelques jours.

    Située au nord de la Patagonie chilienne, l’île de Chiloe s’étend sur 190 kilomètres de long et 60 de large. A l’ouest de la Cordillère des Andes, elle connaît de fortes précipitations tout au long de l’année. Néanmoins lorsque nous y sommes, nous bénéficions d’un grand soleil quotidien ! Petits ports de pêches, fermes entourées de prairies, maisons en bardeaux (longues tuiles en bois de mélèze) l'île de Chiloé est pleine de charmes. Pas de glaciers, pas de hauts sommets, Chiloé, c’est une atmosphère douce et reposante, des paysages vallonnés qui nous rappellent parfois notre bocage normand. Le temps clair nous permet de voir au loin les sommets enneigés de la Cordillère. Une seule route asphaltée traverse l'île, joignant ainsi les trois villes principales de l’île, du sud au nord, Quellon, Castro, et Ancud. L’île est particulièrement réputée pour ses églises traditionnelles en bois, revêtues de tôle ondulée. On n’en compte pas moins de cent cinquante sur l'archipel, dont quatorze classées par l’UNESCO sur les listes du patrimoine mondial de l'humanité.

    Nous rejoignons Castro en bus, capitale de l’île bien assise dans son bras de mer d’où s’éparpille une kyrielle de petites îles. Une belle balade dans son centre-ville nous emmène vers ses « palafitos », quartiers entiers de maisons sur pilotis. Depuis Castro, nous voulons rejoindre le Parc National de Chiloe, près de Cucao, sur le versant ouest de l’île, mais nous sommes dimanche, le service des transports en commun est limité. Nous ne pouvons faire que le tiers du chemin en bus, jusqu’à Chonchi. Pour la suite nous retrouvons notre cher pouce levé au bord de la route. Cinquante petits kilomètres nous séparent de Cucao, mais nous n’atteignons notre destination que quatre heures plus tard à la tombée de la nuit, grâce à trois voitures différentes et pas mal de marche à pied ! Le Parc National de Chiloe n’est pas exceptionnel en soit, ou disons que la beauté de ses paysages n’a rien à voir avec ceux, grandioses et impressionnants, que nous avons vus précédemment. On traverse d’abord une réserve forestière, puis une longue plage s’étirant jusqu’à l’horizon. La particularité de ce parc est surtout son étonnant taux d’endémisme (des espèces qui n’existent qu’ici). Les conditions naturelles d’isolation prolongée de l’île durant les ères glaciaires ont permis l’évolution d’une riche biodiversité. L’association « Defensores del Bosques Chileno » révèle des chiffres étonnants : 80% des espèces d’arbres seraient endémiques, 33% des mammifères, 50% des poissons d’eau douce, 30% des oiseaux !

    De retour à Castro, nous montons vers Quemchi, un petit village pittoresque de pêcheurs. Nous arrivons juste au coucher du soleil sur le port, les couleurs des bateaux sont particulièrement lumineuses. A marée haute, le spectacle change, les bateaux abandonnés dansent près des maisons sur pilotis qui se reflètent dans l'eau. Nous rencontrons Doreen, une étudiante allemande, qui arrive tout juste de 4000 kms à vélo depuis Santiago ! Le lendemain matin, à nouveau le pouce levé sur le bord de la route, nous essayons de rejoindre Huite, le petit hameau où Sébastien et Nathalie, des amis de Noirmoutier, ont acheté un terrain. A l’heure où nous vous écrivons, ils sont à bord de leur voilier « Lafsko » avec Joan, leur enfant de 2 ans, en train de descendre la côte atlantique jusqu’au Cap Vert. Ils traverseront ensuite l’Atlantique en vue d’amener leur bateau au mouillage juste devant leur terrain. De quoi faire rêver de nombreux amateurs de nature et de tranquillité ! Nous rencontrons Don Victorino, les anciens propriétaires et voisins, discutons longuement, mais il nous faut reprendre notre chemin… Le bus permettant de rejoindre directement Santiago part ce soir. Le retour en stop depuis Huite est encore moins prolifique qu’à l’aller, près de deux heures d’attente sans une seule voiture, mais on en profite pour manger plein de mûres le long des chemins !!! Nous arrivons à temps à Ancud et embarquons ce même soir pour Santiago. Pour quitter l’île, le bus emprunte le bac tout au nord de l’île. Trente minutes de navigation suffisent pour traverser le canal qui sépare Chacao de Pargua, sur le continent chilien.

     

    Santiago – Valparaiso :

     

    Quinze heures plus tard, nous débarquons à la gare routière de Santiago. Pour que la transition soit moins rude, nous préférons visiter d’abord Valparaiso, ville voisine, célèbre pour ses quartiers aux maisons colorées, ce qui lui vaut d’ailleurs d’être classée au Patrimoine Mondial de l’Humanité. Nous avons vraiment apprécié le charme de cette ville. Quant à Vina Del Mar, ville voisine de Valparaiso, son centre n’est finalement qu’une grosse station balnéaire à la mode, exhibant ses buildings pour vacanciers le long de la plage.

    Retour à Santiago. Nous visitons le centre de la capitale chilienne, et deux de ses musées. Fondée en 1541 par les colons espagnols, la majeure partie de l’héritage architectural de cette époque a malheureusement disparu sous l’effet de séismes et d’incendies. Le quartier piétonnier dans le cœur de la ville autour de la Place d’Armes est agréable, mais si l’on s’en écarte un peu reviennent rapidement tous les inconvénients des grandes villes, bruit, pollution, buildings...

     

    Sao Paulo :

     

    Après cette dernière escale chilienne, notre nouveau bus et ses 55 heures de transport nous fait traverser trois frontières Chili, Argentine, puis Brésil. Trois pays, 3000 kms et des paysages si différents. La frontière entre le Chili et l’Argentine par exemple se situe au bout d’une route sinueuse, au beau milieu de la cordillère des Andes. Les paysages sont ensuite très plats, et prennent des formes vallonnées et verdoyantes à l’approche de la côte atlantique brésilienne. Vu que nous disposions de quelques heures seulement à Sao Paulo, nous nous concentrons sur la visite de son centre historique. Comme pour Santiago, nous y avons ressenti les avantages et les inconvénients des grandes villes, mais cela nous fait du bien de couper un peu le voyage, et c´est toujours agréable de connaître de nouveaux endroits.

    Chapitre 18_2 : 26 mars – 29 mars : la Patagonie (suite 2) : Traversée des canaux et fjords entre Chacabucco et Quellon, sur Ile de Chiloe

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    Remis sur pied, nous rejoignons la ville de Puerto Aisen, puis Puerto Chacabucco, point de départ du ferry jusqu’à l’île de Chiloe. 32 heures de voyage, 7 nœuds de vitesse moyenne, 8 escales, le navire sur lequel nous sommes effectue depuis 35 ans le même trajet au travers des canaux patagons. Grâce à lui, les habitants des quelques fjords peuvent plus facilement rejoindre le continent, transporter du matériel, vendre le produit de leur pêche, leur principale activité. De Chiloe au Cap Horn, c’est la cordillère des Andes elle-même qui se fragmente et s’éparpille en mille petites îles pour s’enfoncer progressivement dans l’Océan Pacifique. Ces vallées noyées se transforment en un labyrinthe inextricable de canaux, gorges, fjords et mers intérieurs. Les fortes précipitations expliquent la forte densité des forêts sur chacune de ces îles. Mais je préfère arrêter là leur description, les photos parleront mieux d’elles-mêmes…

    La suite dans notre prochain carnet… Nous vous relaterons nos quelques jours sur l’île de Chiloe, puis Santiago, Valparaiso, Vina Del Mar… A bientôt.

    April 03

    Chapitre 18 : 10-29 mars, la Patagonie (suite) : Torres Del Paine, Perito Moreno, Fitz Roy, Carretara Austral, canaux et fjords…

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     Outre rejoindre l’île de Chiloe par les canaux et les fjords, ces 26 heures de mer (qui finalement se sont transformées en 32) nous ont aussi offert tout le loisir d’écrire la suite de notre carnet de bord. Pour les photos, vous avez peut-être pu voir que nous les avions déjà mises en ligne dans l’album photos. Nous venons d’y ajouter celles de notre traversée.

     

    10 mars, on remonte en bus de Punta Arenas vers Puerto Natales puis Laguna Lamarga, point de départ de notre trek de 5 jours dans le Parc national Torres Del Paine. Ses 242.000 hectares ont été déclarés Réserve de la Biosphère par l’UNESCO en 1978. Le nom provient du mot tehuelche “payne” “bleuté”. Toutes les nuances de cette couleur sont présentes tout au long de l’année. Enormes massifs granitiques aux arêtes aigües, gigantesques doigts de pierre pointant vers les nuages, tours, pínacles et parois lisses, les Tours et Cornes de Paine se reflètent dans les eaux d’une dizaine de lacs (lagunas), ruisseaux et rivières. Géologiquement, c’est pourtant un petit jeunot puisqu’il n’a que 12 millions d’années. Le magma s’est doucement infiltré par des cheminées ouvertes dans de gigantesques couches sédimentaires puis s’est refroidi et durci. Les sédiments ont ensuite été balayés et érodés par les divers âges glaciaires laissant le granit figé au milieu des vallées et des rivières qui proviennent des grands glaciers plus à l’ouest. Ce parc offre différentes possibilités de treks, des plus faciles de 2 heures aux plus ardus sur 10 jours. Nous choisissons celui communément appelé le “W” de par la forme de son parcours dans trois différentes vallées. Notre première nuit est particulièrement venteuse. La tente s’en souvient encore. Pendant la nuit, notre poids a permis de la maintenir en place bien que la toile pliait et forçait sur nos têtes et sur nos pieds (autant dire qu’on n’a pas beaucoup dormi cette nuit-là…), mais l’accalmie du matin était de courte durée. On ne s’est pas méfié, et lorsque nous revenons quelques heures plus tard, elle s’est envolée et trône peu fière à la renverse dans les buissons. On remballe tout et poursuivons notre marche sacs sur le dos jusqu’à notre prochain campement, au bord d’une rivière. Ce trek est physiquement plus facile que le premier dans le Parc Nahuel Mapi. Les sentiers sont plus facilement repérables, et dans l’ensemble ont beaucoup moins de dénivelé. Quand ça grimpe dur, on a beau se dire qu’on a juste emmené le minimum sur son dos (sa tente, son sac de couchage, quelques vêtements, sa nourriture et son eau), mais mine de rien ça fait son poids, et dans ces moments-là on aimerait bien que son sac s’allège comme par enchantement. Mais bon, la beauté des paysages traversés compense largement la peine momentanée. J’en oublie même mon angine qui se transforme en bronchite depuis deux jours. Au menu de ce soir, purée. Ça revient vite, c’est soit riz, pâtes ou purée, mais on agrémente toujours de petites choses agréables, alors on ne s’en lasse pas. Et puis purée-thon c’est bon ! Pour faire mieux, on peut dire “hachis Parmentier au poisson” ! Laurent trouve la motivation pour se laver dans le torrent… Pour ma part, je m’arrête aux pieds, elle est glacée !

    Vendredi 14, nous atteignons la troisième vallée, où se trouve le fameux glacier Grey, ce pourquoi nous sommes principalement venus. Nous parvenons à nous en approcher de près le lendemain en quittant quelques  heures le sentier pour descendre encore plus près. On aurait bien aimé descendre davantage, mais pour le coup ce serait devenu trop dangereux sans équipement adapté. Impressionnant et majestueux, mais le moment de cette journée qui m’a le plus marquée est quelques heures auparavant lorsque nous avons vu nos premiers icebergs… Se décrochant du glacier principal, ils glissent lentement vers le sud et fondent avant d’arriver dans le rio Grey. Je vois encore Laurent me dire : “Regarde ! Devant toi ! Des icebergs !” Ils étaient tout petits, comparés à ce que nous avons pu voir par la suite, mais c’était nos premiers icebergs… Mon deuxième vœu du voyage en Patagonie (le premier était de voir des manchots) est à présent réalisé. Nous rentrons par un joli sentier en longeant le Lago Pehoe, puis le rio Grey jusqu’au point de départ d’un bus qui nous ramène par 110 kms de piste à Puerto Natales.

    Lundi 17 mars, nous passons à nouveau la frontière. Retour en Argentine. Nous nous arrêtons à El Calafate, petite ville sympa au milieu de nulle part, qui ne vit que grâce au tourisme. Le soir dans notre camping, nous rencontrons Gili et Efi, deux israéliens qui nous proposent de partager leur taxi pour se rendre au glacier Perito Moreno. C’est parti ! Dommage que le temps est pluvieux et qu’il fait très froid, 2 degrés au thermomètre, mais la vue vaut le déplacement : un front glaciaire de 5 kilomètres de large, 35 kilomètres de long et 50 mètres de haut, hérissé de pics, aux reflets bleutés. Nous arrivons de bonne heure avant l’afflux des touristes (De plus, nota bene pour ceux qui veulent s’y rendre, en arrivant avant 8 heures, on ne paie pas de droit d’entrée.). Seuls les craquements du glacier brisent parfois le silence.

    Toujours au même camping, nous rencontrons cette fois un couple de français, Clémence et Jean-Christophe. Ils ont tous deux choisi de faire un break de 8 mois avec leur travail en France pour visiter l’Amérique du Sud… en side-car ! (cf. leur site internet www.duau.fr)

    Mercredi 19, notre remontée vers le nord continue. Nous empruntons la Nationale 40, mythique route de 4000 kms qui traverse le pays, depuis les plateaux andins du nord argentin jusqu’aux portes de la Terre de Feu. La partie que nous parcourons offre des paysages de pampa semi-désertiques sur des centaines de kilomètres. Nous ne croisons que quelques camions et voitures, des guanacos (animal typique de la région, genre de lamas), et… un jeune voyageur à vélo ! Nous atteignons El Chalten, petit village de 200 habitants. La nuit s’avère à nouveau venteuse et frisquette. Gants, écharpes, chaussettes, Damart, ciré et capuche sur les oreilles ne sont pas de trop pour dormir sous la tente en se protégeant du froid. Au réveil, les sentiers sont encore recouverts de givre et les flaques d’eau gelées. Nous partons pour trois jours de trek. Le Parc National des Glaciers comprend 47 glaciers (les plus connus Viedma, Upsala, Perito Moreno) qui se déversent principalement dans le lac Viedma au nord, et Argentino au sud. Ici, de part et d’autre de la frontière, la Cordillère ne dépasse guère les 3000 mètres mais elle dresse vers le ciel ses plus belles tours de granit aux parois lisses et verticales. Nombre de ses sommets portent les noms des pilotes français, pionniers de l’Aéropostale dans les années 20, Mermoz, Saint-Exupéry, Guillaumet. Ils ouvrirent la route des Andes et inaugurèrent les premiers vols de nuit, les vols par-dessus l’océan atlantique, mais aussi le reste de la Patagonie et du Chili en franchissant la Cordillère des Andes.

    Parmi les randonneurs, nous rencontrons beaucoup d’israéliens d’une vingtaine d’années. Après leur armée, 3 ans pour les garçons, 2 ans pour les filles, beaucoup partent voyager plusieurs mois avant de retourner travailler dans leur pays. Pour la plupart, leur choix de destination est l’Amérique du Sud, l’Inde ou encore l’Australie. On cherche un chemin pour s’approcher de plus près du glacier au pied du Fitz Roy. On aperçoit une corde, le passage est délicat, mais grâce à la corde, il devient accessible. Un peu de marche et nous voici au pied d’un autre lac, plus petit jonché de petits icebergs. On peut facilement faire le tour du lac et marcher sur ce gros bloc de glace, se glisser dessous, manger des glaçons !

    Lundi 24 mars, mais aussi lundi de Pâques… Nous voulons passer la frontière de l’Argentine au Chili, mais les bus roulent très peu. La plupart des magasins sont fermés. Nous passons donc la frontière… à pied ! Etrange sensation de passer ainsi d’un pays à l’autre, le temps d’un coup de tampon, un gracias au douanier et on continue notre chemin. Très peu de voitures pour faire du stop, lorsqu’enfin passe un bus qui nous dépose à Chilichico, une quinzaine de kilomètres plus loin.

    Pour la suite de notre remontée jusqu'à l’île de Chiloe deux solutions s’offrent à nous : soit le bateau pour traverser le lac puis le bus jusqu’à Cohaique ou faire du stop le long de la Carretara Austral. Comme la N40 en Argentine, la Carretara Austral chilienne relie le nord au sud de la Patagonie chilienne sur un voyage de 1300 kms entre Puerto Montt et Villa O’Higgins. Elle ne date que des années 70. Suite à la possibilité d’une guerre avec l’Argentine, le Général Pinochet a décidé d’ouvrir une route vers le sud pour occuper le territoire et empêcher les argentins de couper le Chili en deux. Le plus souvent, en terre et graviers, la route serpente entre montagnes, volcans, forêts, lacs, rivières et glaciers. Cette deuxième option nous tente bien.

    Dès 8h le lendemain, nous marchons pouce levé, direction Cohaique. Ce trajet de 400 kms nous aura pris 15 heures d’attente et de marche, et surtout beaucoup de bons souvenirs et d’éclats de rire. Faire la Carretara Austral en stop, en soi, est une bonne idée, les voitures dans l’ensemble s’arrêtent assez facilement, mais faut-il encore qu’il y en ait ! Parfois plus d’une heure d’attente sans que nous ne croisions une voiture ni dans un sens ni dans l’autre. Mais la vue des montagnes, forêts, lacs qui nous entourent ne nous laisse pas de quoi nous ennuyer. Nous sommes d’abord pris par un couple chilien dont le mari Hernann travaille à la mine d’or et de platine du coin. Ravi d’échanger avec des étrangers qui s’intéressent à son métier, il nous donne plein d’explications sur son travail et le fonctionnement des mines de la région. Mais le meilleur souvenir restera celui de la dernière voiture, une famille montant jusqu'à Cohaique. La voiture étant pleine, ils nous proposent de monter dans leur petite remorque déjà pleine de bagages et de bois de chauffage. Tant qu’il fait jour, malgré le froid on est ravi de notre place privilégiée pour admirer les paysages. Nous pensions que le trajet durerait une ou deux heures, finalement il sera de cinq heures et demie. La nuit tombe, il commence à faire vraiment froid ! Ils doivent avoir pitié de nous, ils s’arrêtent à mi-chemin pour nous donner une couverture et vérifier que tout aille bien. Bien qu’on soit gelé de la tête aux pieds, on répond bêtement que tout va bien ! Pourquoi nous ne nous sommes pas arrêtés, on aurait pu planter la tente par là et repartir demain. Mais quand on a trop froid, le cerveau doit sûrement réfléchir moins vite ! On débarque de notre remorque dans le centre de Cohaique à 23 heures. Cette fois, on a bien mérité un vrai lit et une douche chaude, ce qu’on trouve rapidement.