Hélène's profileLe voyage de Mandragore ...PhotosBlogListsMore Tools Help

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    March 22

    Mail envoyé le 22 mars 2009 depuis Panama, côté pacifique :

    Après le passage du Canal de Panama, notre trip sac à dos au Nicaragua, différents préparatifs et événements imprévus, nous nous apprêtons à quitter notre mouillage de Panama City. On prévoit d’entamer la traversée du Pacifique vers les Marquises dans une huitaine de jours, environ un mois de navigation. Avant, il nous reste à caréner le bateau. On devrait pouvoir trouver aux îles Perlas, des îles voisines, une plage adéquate pour nettoyer et repeindre notre coque entre deux marées basses. Bises à tous ! On attend de vos nouvelles ! A bientôt !

    Chapitre 31 : 07 au 21 février 2009 : Nicaragua

               Deux semaines passées au Nicaragua : Treks dans les volcans, balades dans les villes coloniales ou dans les régions montagneuses productrices de café... de beaux souvenirs en tête, et de belles rencontres, même si certains nicaraguayens un peu roublards, nous ont parfois noirci le tableau. Mais bon, cela fait aussi partie du voyage !

     

    1.    Escale au Costa Rica  

     

    Véro, une amie argentine, nous a rejoints depuis quelques jours. Nous montons ensemble en bus jusqu’à San José, capitale du Costa Rica. Véro a prévu d’y revoir des cousins qu’elle n’a pas vus depuis longtemps, Alejandro et Valeria. Belle soirée tous ensemble. Véro reste au Costa Rica. Quant à nous, on reprend un bus pour le Nicaragua demain matin. On passe la nuit dans une auberge de jeunesse, une petite chambre d’environ 2m sur 2m50, juste la place de deux lits superposés et l’espace pour s’y glisser !

     

    2.    Léon

     

     

    Nous choisissons de monter avec le bus le plus au nord, jusqu’à Leon, et redescendre ensuite tranquillement sur les différentes étapes qui nous intéressent. Nous arrivons à Léon à la tombée de la nuit. Cherchant une  « hospedaje » dans le quartier, nous demandons conseil à un cordonnier fermant sa boutique. Il nous invite à le suivre, c’est sur son chemin. Dans les rues autour du terminal de bus, des enfants sniffent de la colle dans des bouteilles. Notre cordonnier ne supporte pas de voir les enfants « s’abîmer ainsi ». Il attrape l’un d’eux, et jette par-dessus les toits sa bouteille de colle à sniffer.

    Leon est une ville coloniale encore très marquée dans son architecture par l’empreinte espagnole. Elle arbore de nombreuses églises, dont la Cathédrale de la Asuncion, la plus grande d'Amérique centrale et la quatrième plus grande d'Amérique latine. Rasée en 1610 par un tremblement de terre, Leon fut reconstruite juste à côté. Elle est aujourd’hui une des principales villes universitaires du pays. On le remarque bien lorsqu’on se promène dans la rue. Les « comedors », restos de rue, bons et pas chers, sont nombreux. Sur la gauche de la cathédrale se trouve une fresque murale peinte durant l’époque révolutionnaire. Alors qu’à Managua elles ont pratiquement toutes disparu lorsque la ville a élu un maire conservateur, à Leon elles ont été préservées. Celle-ci retrace toute l’histoire du Nicaragua, de l’époque précolombienne jusqu’au futur. Plusieurs facettes et faits marquants de son histoire rappellent celle vécue à Cuba, une colonisation espagnole, une dictature, une révolution, un régime communiste… Chaque période est symbolisée par une représentation : les traces de pas des peuples indigènes, une croix et un bâton d’évêque pour la conquête et la christianisation imposée par les européens, Cordoba qui organisa avec succès l’invasion du pays (son nom désigne aujourd’hui la monnaie du pays), l’ombre de Sandino qui lutta pour son pays contre le gouvernement pro-américain. Il fut assassiné d’une balle dans le dos par Samoza, le président en place, alors qu’il quittait la table des négociations. Plus loin sur la fresque, on remarque une paire de lunettes rappelant Carlos Fonseca, le fondateur du FSLN (le Fond Sandiniste de Libération Nationale). Après plus de deux décennies de domination de la dynastie des Samoza, Fonseca et de jeunes intellectuels fondèrent dans les années 1960 un groupe de guérilleros pour s’opposer à la répression dictatoriale du pouvoir en place. Le trône vide tâché de sang symbolise la lente chute des Samoza au prix de la vie de beaucoup d’hommes.

     

     

    Au pied de Léon, un volcan encore actif le Telica. Craignant d’arriver trop tard au sommet, on passe la nuit sous la tente en cours de route. Le chemin n’est pas indiqué, il faut normalement un guide, mais en observant l’herbe la plus fraichement foulée et les traces de chaussures de rando sur les sentiers de terre, on finit par bien se débrouiller. Le volcan Telica est impressionnant, telle une grosse marmite, dont on ne peut observer que la fumée et la bonne odeur soufrée. A l’aller, comme au retour, nous ne croisons aucun touriste, que quelques fermiers, vaches et chevaux.

     

                De retour à Léon, on reprend un bus jusque Penoloya. Pendant le trajet, nous faisons la connaissance de Thibaut et Clément, deux étudiants français à l’ESA d’Angers. Le feeling passe bien, nous dînons et dormons chez eux, une maison qu’ils louent pour un petit prix juste devant la plage.

     

    3.    Matagalpa

     

     

    On bouge vers le centre du pays, dans la fameuse « Sierra Negra » et ses plantations de café. Le bus est pourtant complet, mais des personnes montent encore à chaque arrêt, plein de gens attendent debout. A la sortie du bus, nous faisons la connaissance de Jean-Claude, jeune retraité québécois à la retraite, en baroude pour trois mois en Amérique centrale. Ce soir, une grande fête est organisée dans la rue principale pour fêter le début de la saison. De nombreuses animations et concerts sont organisés dans les rues pour fêter l’anniversaire de la ville. Notre hôtel est situé juste devant un des concerts. A une heure du matin, les amplis et lumières s’éteignent, le calme revient. A notre réveil, les rues sont déjà toutes nettoyées des excès de la veille !

     

    4.    Managua

     

    On pensait que Managua serait la ville la moins intéressante, comme le décrivent les guides. Finalement, on y gardera de très bons souvenirs, grâce au si chaleureux accueil d’irene et Transito, les futurs beaux-parents d’Anais, une amie de DESS qui se marie dans un mois avec Fédérico. Nous passons la journée à discuter, échanger, partager sur le pays, la situation politique, économique et sociale… Tous deux d’origine guatémaltèque, ils ont tous deux fui au Nicaragua comme réfugiés politiques. Aujourd’hui Transito poursuit son travail d’économiste. Ils ont monté en parallèle un centre de sports en salle sur leur terrain. Irene et l’un de ses fils y sont profs et gèrent le gymnase. Les cours proposés marchent bien, ils projettent de développer encore l’activité.

    Irene nous emmène dans de nombreux sites autour de la ville, le volcan Mombacho, la Laguna de Apoyo, la vue sur le volcan Masaya, le Parque central de Managua, le Malecon… Une journée riche et bien remplie.

     

    5.    Granada

     

     

    Sûrement la plus belle ville coloniale du Nicaragua. De nombreuses églises, des maisons aux façades colorées, avec pour beaucoup de jolies cours intérieures décorées et arborisées. Sur la place centrale, l’imposante Iglesia La Merced de style baroque. Comme la majorité des autres bâtiments de la ville, elle fut détruite par les hommes de William Walker et reconstruite par la suite. Seule la façade est d’origine. Un enfant de sept-huit ans m’interpelle alors que j’attends Laurent sur un banc. C’est pourtant un jour d’école, mais il vend des noix de cajou pour les touristes, comme beaucoup d’autres enfants. Il se pose à côté de moi, on papote un peu avant qu’il ne reprenne sa vente. Très surprenant ce garçon, une taille d’enfant mais un regard d’adulte, suscitant autant de peine que d’admiration. Il m’explique que l’école de toute façon ne sert à rien. Sa famille attend qu’il ramène des sous chaque soir pour manger. Sinon ce qu’il aime, c’est fumer, boire et les filles ! Pendant notre passage, la ville accueille un Festival International de Poésie. Des lectures sont faites sur la place Leones, puis un ballet de danses folkloriques. On mange sur la place du marché du « vigoron », plat « revigorant » en effet, typique du Nicaragua au temps de l’esclavage, de la couenne de porc avec un peu de pommes de terre.

     

    6.    L’île d’Ometepe

     

     

    L’ile d’Ometepe est peut-être notre plus beau coup de cœur pour le pays, en termes de beauté de paysages. Deux cônes jumeaux de deux volcans surplombent l’île, l’un encore en activité le Concepcion, l’autre éteint le Madera. On part au lever du jour grimper le Concepcion. Malheureusement à mi-parcours le ciel devient complètement bouché nous ôtant toute perspective de panorama. On retiendra plutôt notre échange avec un fermier au pied du volcan, emmenant sa charrette au champ, tirée par deux de ses bœufs. Il me pose des questions sur l’activité agricole de mes parents, et nous raconte la sienne.

    Pour visiter le reste de l’île, nous voulons louer une mobylette, mais vu l’état des routes et des chemins, il n’y a que des motos en circulation. Ici, pas de permis, pas de casque. L’âge requis pour conduire une moto est lorsque les pieds peuvent toucher les pédales d’une 150 cm3 ! 

     

    7.    Retour au bateau

     

    19 février, c’est reparti pour quelques dizaines d’heures de bus, Penas Blancas le village frontière entre le Nicaragua et le Costa Rica, puis escale à San José au Costa Rica. Sur le dernier bus du retour jusqu’à Panama, nous rencontrons Julien et Stéphanie, un jeune couple de français terminant leurs études, parti huit mois en Amérique du sud. C’est intéressant d’échanger avec eux, notamment ce qu’ils ont vu sur le trafic de drogue au Guatemala, le pouvoir des plantes au Mexique, ou la lave rouge pendant leurs treks de volcans au Guatemala.

    Samedi 21, nous sommes de retour à bord… Rien n'a bougé, Mandragore nous a attendus patiemment.

    Chapitre 30 : 13 janvier 2009 - 06 février 2009 : L’île colombienne de Providencia, puis la traversée du canal de Panama

     

    1.    Providencia, petite île colombienne

     

    Nous profitons de notre escale imprévue sur l’île " Providencia ", une petite île colombienne, au nord du Panama, pour récupérer de notre navigation éprouvante depuis Cuba, et recoudre la partie de notre génois qui a souffert, un bon tiers de la bordure. On commence à la machine, mais celle que nous avons à bord n’est pas faite pour ça, c’est une machine à coudre « de ménagère », elle peine et finit par se dérégler. On poursuit notre travail à la main. En plus des réparations, on en profite pour renforcer certains endroits. Deux jours de travail, et la voici revêtue d’une nouvelle jeunesse !

    Cette escale est aussi l’occasion de faire le tour de l’île à mobylette, une petite île verdoyante, d’une ou deux dizaines de kilomètres de long. Au mouillage, quelques autres voiliers de passage, comme Didier et Annie à bord de Julo. Ce couple a quitte la France depuis un peu plus de deux ans. Ils racontent le récit de leur voyage sur : http://www.voile-aventure.org Tous jeunes retraités, ils projettent un tour du Monde « en prenant leur temps ». En discutant nous retrouvons des lieux et des rencontres communes, comme Haïti, où ils ont pu convoyer des colis depuis la Martinique avec l’association « Voiles Sans Frontières », ainsi que dans le Sine Sanoum au Senegal. (Si ces missions intéressent des voiliers qui nous lisent, nous vous invitons à contacter Emilie Hubbel vsfcaraibes@mediaserv.net, et consulter le site de l’association : www.vsf.com.). J’en profite pour lancer un appel, si vous connaissez des bateaux qui partent dans l’année qui vient de France et projettent de passer par Haïti, faîtes-moi signe, je vous expliquerai. L’école de Barbâtre à Noirmoutier souhaiterait leur confier un colis.

     

    2.    Panama, préparatifs à Colon, côté Atlantique

     

              On avait prévu de s’arrêter aux Iles San Blas. Mais certains bruits courent que l’attente peut être longue pour traverser le canal de Panama. L’an passé certains ont attendu entre trois semaines et trois mois. Alors tant pis on file direct sur Panama. Si c’est pour faire les San Blas au pas de course, ça n’a pas d’intérêt. Finalement, on apprendra sur place que les délais sont bien différents cette année. Tout peut s’organiser en quelques jours si on le souhaite. Certains confient « la paperasse » à régler à un agent. D’autres comme nous préfèrent le faire par eux-mêmes. C’est un peu fastidieux, un peu de temps à passer à courir entre différents bureaux, immigration, capitainerie, douanes, banque, location des pneus et des bouts… mais ça se fait.

    Au mouillage, nous retrouvons deux bateaux amis, « All the Colors » une famille d’australiens qu’on aime beaucoup, et « Lady Fish » un couple de jeunes d’à peu près notre âge rencontrés la première fois sur Cuba. Le centre-ville de Colon nous change beaucoup des villes cubaines ! Une abondance de magasins en tous genres (très achalandés cette fois !), de petits restos, de cybercafés… Des magasins vendant de tout et de rien, mais surtout de rien ! des rayons plein de vêtements à des prix dérisoires si l’on compare à nos tarifs européens. 1,99 dollars un short, une jupe, un haut, des tongs… mais lorsque l’on regarde l’étiquette, la plupart du temps « made in china », on imagine bien les conditions de fabrication…

     

    On consacre une semaine à préparer le bateau, faire un gros plein de courses, préparer des bocaux de viande pour la traversée du Pacifique, et surtout s’occuper des papiers et des préparatifs indispensables pour le passage du canal. En résumé, comment ça se passe ? Comme tous les voiliers, nous mouillons au « Flat », la zone de mouillage près du port de Colon. Commence d’abord le « marathon administratif ». Disséminés un peu partout dans la ville, nous enchaînons les différents bureaux pour faire nos papiers d’entrée, immigration, douanes et « Zarpe » (permis de navigation au Panama), le tout dans un ordre précis, ce qui nous contraint à quelques allers-retours supplémentaires. On se rend ensuite à la tour de contrôle pour demander la visite du jaugeur. C’est à partir de là que s’enclenchent les démarches spécifiques au passage du canal. Nous devons louer les aussières et les pneus obligatoires au passage du canal : deux aussières de 40 mètres en plus de celles dont nous disposons déjà. Deux seront amarrées à l’avant, les deux autres à l’arrière de chaque côté. Il nous faut ajouter à nos par-battages quatre pneus enveloppés dans des sacs poubelles de chaque côté de la coque. Le jaugeur vient ensuite à bord, mesure la longueur du bateau hors tout (pour les novices aux termes marins « hors tout » signifie dans son ensemble, bout dehors y compris). Jusqu’à 50 pieds (= à peu près 15 mètres), chaque voilier doit régler pour son passage 609 dollars + 850 dollars de caution. Au dessus de ces fameux 50 pieds, la note est encore plus salée… Plus on est gros, plus on paie. Pour un cargo de 200 mètres, il en coûte à l’armateur la modique somme de 100.000 dollars, 200.000 dollars pour les plus gros navires et 20.000 euros de réservation ! gloups ! Le jaugeur nous annonce d’abord 53 pieds ! Non, c’est impossible, recommencez ! Finalement tout juste 50 pieds et quelques broutilles. Ouf ! ça passe ! Il remplit une série de papiers, nous explique le déroulement du passage, vérifie  l’équipement du bateau, les pneus, les aussières à bord, la solidité des taquets… Tout est en règle, il nous reste à filer à la City Bank pour le règlement. A partir de là nous pouvons rappeler la tour de contrôle et connaître notre date de passage. L’attente n’est que de quelques jours en ce moment. Ok pour vendredi ! … Ca nous laisse le temps de finir nos préparatifs et faire nos papiers de sortie.

     

    3.    De Colon à Panama City, 6 écluses, le fameux passage du canal…

     

    Vendredi 30 janvier… Cette fois, c’est bon, le jour J est arrivé. Vers 16h, Isabelle et Océane, Gwen et Véro nous rejoignent à bord comme équipiers, puis le pilote du canal. La présence d’un pilote à bord, envoyé par l’administration du canal, est obligatoire pour tout navire. De plus, le skipper et quatre équipiers sont nécessaires pour les manœuvres des aussières à chaque écluse. En général, les équipages de voiliers amis s’entraident pour l’occasion. Différentes configurations de passage sont possibles, mais le plus souvent les voiliers passent à couple par trois. Ce sera notre cas. Le voilier le plus gros est au centre, les deux autres de force égale sont situés de chaque côté, nous à bâbord.

     

    A la tombée de la nuit, nous nous présentons à la première écluse, et commençons la montée par paliers. Le relief de l’isthme a imposé la construction d’un canal à écluses et non à niveau comme l’avait d’abord imaginé en 1873 Ferdinand de Lesseps, qui venait de construire le canal de Suez. Les français sont les premiers à avoir imaginé le canal, mais ce sont les américains qui concrétiseront le projet final. Sa construction a nécessité plus de 40 ans, beaucoup d’énergie, d’argent et d’hommes… C’est en 1873 que tout commença. Après la réussite du canal de Suez, le comte de Lesseps, âgé pourtant de 73 ans, se lance dans ce nouveau défi technique. La terre semble stable, pas de volcan, pas de séisme, et c’est là lieu le plus étroit pour creuser un passage. Le matériel arrive, l’argent coule à flot, les actions s’arrachent, et la main d’œuvre afflue du monde entier. Mais la fièvre jaune et les différentes maladies tropicales font des ravages, les ouvriers meurent par milliers, 28.000 au total (Ironie du sort, le village où les morts français sont enterrés s’appelle « Paradis » !) En 1888, la compagnie fait faillite, Lesseps meurt ruiné, laissant derrière lui une tranchée boueuse abandonnée. C’est en 1904, que  les américains reprennent le flambeau. Roosevelt rêve d’une flotte présente sur tous les océans. Ils vont se donner les moyens techniques et financiers de réussir. Pour cela des centaines de tonnes de dynamite sont utilisées pour creuser la tranchée, des locomotives pour déplacer les gravats, des lignes de chemin de fer qu’on déplace au fur et à mesure des avancées du chantier, les matériaux les plus résistants pour construire les parois du canal, et surtout la découverte du vaccin contre la fièvre jaune pour arrêter le fléau. En 1914, le canal de Panama est inauguré. Aujourd’hui une quarantaine de navires empruntent chaque jour le canal, mais depuis les années 60 il est saturé. Des aménagements ont déjà permis de doubler la capacité, mais ce n’est pas suffisant. Panama a proclamé son indépendance depuis 1903, mais depuis 2000 seulement, les américains ont cédé aux panaméens l’administration du canal. Le départ des américains et la nouvelle souveraineté ont accéléré les projets d’élargissement. Pour accueillir les nouveaux géants des mers, notamment liés au commerce asiatique, les écluses seront élargies à 50 mètres et mesureront 400 mètres de long. Au lieu de s’ouvrir, les portes coulisseront, les cargos seront tractés par des remorqueurs et non plus les locomotives, des bassins permettront de récupérer par gravité l’eau nécessaire à l’élévation des bateaux. Sur les berges, on peut voir les travaux en cours. La fin des travaux devrait avoir lieu en 2014, fêtant par la même occasion les 100 ans du canal.

     

    19h30, la première porte s’ouvre… Devant nous un petit cargo (tout est relatif !), à notre droite deux autres voiliers, de taille à peu près similaire au nôtre. Une fois positionné dans l’écluse, on récupère la touline au bout des aussières lancées par le personnel du canal à quai. Depuis un siècle, le principe n’a pas changé, un jeu de trois écluses successives soulèvent puis descendent les bateaux de 26 mètres, permettant ainsi de passer de l’autre côté de la montagne. Grâce à un système d’aqueducs et de vannes qui fonctionnent par gravité, en huit minutes, l’écluse se remplit. Il suffit alors de reprendre la longueur au fur et à mesure que l’eau monte. Une fois le niveau atteint, la sonnerie retentit, et enfin les portes s’ouvrent devant nous, et l’on poursuit jusqu’au prochain bassin. Par mesure de sécurité, il y a toujours deux portes pour chaque écluse, mesurant chacune 25 mètres de haut et pesant 730 tonnes. Le canal s’étend sur 80 kms, chaque écluse mesure 305 mètres, sur 34 mètres de large (ce qui ne laisse pour les gros cargos, parfois que quelques centimètres d’espace de chaque côté !), et environ 25 mètres de profondeur. On avance d’écluse en écluse à 5 nœuds de moyenne au moteur. En plus de leurs propres forces motrices, les gros cargos sont assistés par des câbles et de grosses locomotives de halage, qui se déplacent sur des rails situés le long des écluses.

     

    Vers 21h30, après le passage de la troisième écluse, on atteint le Lac Gatun, un lac de 38 kms de long, le plus grand lac artificiel au Monde. C’est lui qui fournit l’eau nécessaire au fonctionnement des écluses. Nous sommes amarrés à une bouée avec les deux autres voiliers qui traversent avec nous. Le pilote nous quitte pour la nuit, un autre viendra nous rejoindre demain matin. Nuit tranquille, réveillés au petit jour par les cris des singes hurleurs !

     

    Deuxième jour… Le pilote arrive plus tard que prévu, mais l’horaire où nous devons nous présenter à la prochaine écluse n’a pas changé… Et si on arrive trop tard, ce peut être notre caution qui saute… Lorsqu’on remplit les papiers pour traverser le canal, l’administration demande que la vitesse motrice des voiliers puisse atteindre 8 nœuds. Evidemment tout le monde répond oui bien sûr, on peut les faire, sinon la note est plus élevée, sachant qu’en pratique la vitesse moyenne pratiquée est de 5-6 nœuds. On appuie le moteur avec le génois sur la première partie du lac, mais malheureusement pas partout, notre pilote nous rappelle que c’est interdit. Ouf, on a du retard, mais de manière raisonnable pour que notre caution ne saute pas… Les deux autres voiliers d’hier soir nous attendent. Nous reprenons la même configuration qu’hier, groupés tous les trois, nous à bâbord. Depuis le point culminant des écluses, on peut voir les deux voies parallèles qui permettent aux bateaux de passer simultanément dans les deux sens. A la dernière écluse les touristes sont amassés par centaines sur un mirador, ils regardent le spectacle des bateaux changeant d’océan… 16h30, la dernière porte s’ouvre, celle de l’océan pacifique...

     

    4.    Panama City

     

     

     

    Quelques miles et nous passons sous le « pont des Amériques », impressionnant pont qui enjambe le canal depuis 1962, 1634 mètres de longueur sur 117 mètres de haut ! Un gros cargo passe en même temps. On se sent tout petit ! Nous mouillons tout près à la Playita Amador Flamenco, comme la plupart des voiliers qui viennent de passer le canal. On y retrouve des bateaux, comme All the Colors, Pascaux, faisons la connaissance d’autres comme Spoutnik, Kamoké… On reconnait ceux qui viennent de traverser aux pneus encore accrochés sur la coque ! Normalement, il faut repayer 1 dollar pour les déposer près des poubelles de la capitainerie. En ce qui nous concerne, on n’a même pas eu besoin de le faire, un voilier s’apprêtant à traverser dans l’autre sens, est venu nous les acheter !

     

    Panama City se divise en trois quartiers bien distincts : le vieux Panama City et ses maisons coloniales, le centre-ville et ses rues commerçantes, et le Panama moderne et ses murs de gratte-ciel.

    Ancienne ville coloniale, la patte espagnole est présente partout, dans les églises, les places, les maisons… et rappelle l’ancienne prospérité de la cité marchande. Aujourd’hui ce quartier colonial est en pleine transformation, les palais délabrés sont peu à peu rachetés et luxueusement transformés pour faire des hôtels, des restaurants, et les habitants sont relogés ailleurs.

    Dans le centre-ville commerçant, sur l’Avenida de Cinco Mayo et ses rues avoisinantes, les magasins de vêtements chinois et babioles en tout genre, restos de rue, boutiques électroménager… foisonnent. Un peu plus loin, ce sont les dentistes qui se succèdent, une bonne vingtaine de « clinica dental » dans la même avenue ! mais attention aux escrocs. Certains proposent des visites variant entre la gratuité et 35 dollars. Pour le soin d’une carie, certains peuvent essayer de vous la faire passer pour un abcès en vous ajoutant qu’il faut absolument enlever vos dents de sagesse rapidement, et que vous avez d’autres caries à soigner… que le tout vous coûterait 1195 dollars. Parce qu’il est gentil, et juste pour nous, il peut baisser à 1000 dollars… Pendant ce temps celui d’en face vous dit que vous n’avez qu’une carie et que ça vous coûtera en tout et pour tout 30 dollars ! Va savoir ! Vous vous doutez bien que j’ai plutôt fait confiance au second !

    L’autre visage de Panama est le mur de gratte-ciel sur le front de mer, le quartier des affaires, rappelant que Panama est aussi la première place financière d’Amérique latine. Lorsqu’on s’y promène, il semble en perpétuels travaux de construction. Ce sont paraît-il un demi-million de sociétés anonymes installées ici. Mais tous ces succès reposent sur la santé du canal.

     

    Le mouillage est abrité et sécuritaire. On aimerait en profiter pour laisser Mandragore deux petites semaines le temps d’une escapade en sac à dos au Nicaragua… Pour se rassurer, on ajoute une deuxième ancre. Une bulle d’air dans le gazoil cale le moteur. Le temps de réparer, arrive la nuit. Tant pis, on décale, on ne partira que demain.

    Travail réalisé par l'Ecole de Barbâtre, Ile de Noirmoutier : Le vocabulaire maritime (Exposé d'Edgar, Benjamin et Yan, CE2)

                                   Le vocabulaire du bateau : "Mandragore", ketch
     
     
    Quelques autres définitions :
     

    Le cabestan : Treuil à tambour vertical.

    Le bastingage : Rambarde entourant le pont d'un bateau.

    La hune : Plate-forme semi-circulaire fixée à la partie supérieure de chacun des bas-mâts dans les

    anciens navires.

    La vergue : Long morceau de bois fixé en travers d'un bateau, qui soutient la voile.

    Briquer : Frotter (le pont) avec une brique.

    Hisser : Faire monter avec des cordes (qu’on appelle drisses).

    Frégate : Bâtiment de guerre à trois mâts.

    Bâbord : partie gauche d'un bateau  quand on regarde vers l'avant (contraire de tribord).

    Ketch : Voilier à deux mâts dont le mât de derrière est plus petit que le mât de devant (Pour goélette, deux mâts aussi, mais c’est l’inverse, mât de devant est le plus petit)

     

    Quelques métiers de marins :

     

    le maître-coq : C'est le cuisinier sur le bateau.

    le capitaine : C'est celui qui commande le bateau.

    le maître d'équipage : C'est celui qui commande l'équipage.

    le  moussaillon, le mousse : Marin de moins dix-sept ans.

    le charpentier : Ouvrier qui fait des travaux de charpente.

    le timonier : Homme qui tient le gouvernail d'un navire.

    le bosco : C'est le maître de manoeuvre.

    la vigie : Marin qui surveille la mer du haut du mât ou de l'avant du bateau.

    L'équipage : Ensemble du personnel à bord d'un navire .
     
    Mots croisés réalisés par Edgar, Benjamin et Yan :
     
    HORIZONTALEME
    A-C'est l'enlacement  ou l'entrecroisement serré d'un ou de plusieurs objets flexibles.

    B-C'est une jonction des bouts de deux cordages.

    C-C'est une unité de volume servant à mesurer la jauge d'un navire.

    D-Succession d'anneaux métalliques engagés les uns dans les autres.

    E-Roue tournant autour d'un axe et destiné à transmettre un mouvement, un effort, au moyen d'un lien flexible.F-Cordage servant à régler l'angle de la voile

     

    VERTICALEMENT

    1- Confondu souvent avec pirate (eux travaillent pour le gouvernement)

    2-C'est un ouvrier sur le bateau (pour le calfatage)

    3-Marin chargé de l'entretien et de la  manœuvre des voiles et du gréement.

    4-Instrument de métal qui jeté au fond de l'eau à l'aide d'un câble ou d'une chaîne.

    5-C'est une marée descendante.

    6-Pièce fixée sur le pont d'un navire qui sert à tourner les aussières (gros cordage).

    7-Désigne un cordage.

    8- Raidir le guindant ou la bordure de (une voile)

    9- Perche munie d'un croc à une extrémité utilisée pour accrocher, attirer à  soi , repousser.

    Voici les réponses :
    NOEUD-GABIER-TONNEAU-ANCRE-CHAINE-BITTE-POULIE-ECOUTE-ETARQUER-GAFFE-CORSAIRE-CALFAT-EPISSURE-JUSANT-BOUT.
     
    Les instruments utilisés par les marins (autrefois et aujourd'hui) :
     
     
    Quatre noeuds marins