Hélène's profileLe voyage de Mandragore ...PhotosBlogListsMore ![]() | Help |
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November 21 Chapitre 11 : 31 octobre – 21 novembre 2007, Les îles des Canaries (Graciosa, Lanzarote et Fuerte Ventura)Nous vous parlions dans notre dernier carnet de bord du fameux marché de Madeire, voici que nous repartons pour les Canaries les filets pleins de fruits et légumes aux noms et saveurs méconnues de nos papilles… Un vrai régal à bord ! Cette traversée de deux jours est l’occasion de tester avec succès la réparation de notre pilote ! Un vent pré-bon plein de 4-5 nœuds nous accompagne à peu près tout au long du trajet. La première journée ensoleillée se couronne avec une moyenne avoisinant les 7 nœuds ! Si nous continuons ainsi, ce ne sera pas à la tombée de la nuit que nous arriverons, mais au petit matin ! Le deuxième jour se révèle plus couvert et nuageux. Etonnant, alors qu’on traverse bientôt le 30ème parallèle, nous faisons nos quarts de nuit en polaires et cirés ! Le soleil se couche comme il s’est levé, marquant seulement sa présence à ces deux moments de la journée par une fugace apparition entre deux nuages. On le croirait jeter rapidement un œil dans la fente de la serrure d’une porte. Feignantise ou voyeurisme aujourd’hui Mr Soleil ? Nous croisons très peu de bateaux pendant cette traversée, quelques bateaux de pêche seulement (de jour comme de nuit, toujours au travail…) mais pas un seul voilier de voyage, et pourtant nombreux sont ceux que nous rencontrons et retrouvons dans les ports au fur et à mesure de nos escales. Nous profitons aussi de nos quarts pour lire. Nous avons emmené pas mal de livres avec nous, et comptons aussi en échanger avec d’autres voiliers au cours de notre voyage. Cela me fait penser à une jolie métaphore de St Exupéry dans le Petit Prince : « De chacune de nos lectures, germe une graine ». C’est vrai, et l’ensemble de nos lectures peut alors s’assimiler à un champ qui forme notre expérience, qui grandit, se développe année après année. C’est au travers de ces lectures que nous nous construisons. Mais lorsqu’on parle de lectures, il ne s’agit pas que des livres, mais la lecture de ce qui nous entoure, de ce que l’on voit, ce qu’on entend... Nous concevons aussi ce voyage comme une lecture intensive d’une partie de ce grand ouvrage. Et si nous nous appliquons à écrire ces carnets, c’est pour vous faire partager de notre mieux ce fabuleux livre qui nous est ouvert chaque jour.
Finalement, nous atteignons la petite île de Graciosa, la plus au nord des Canaries, vers midi. L'archipel des Canaries représente une région autonome de l’Espagne, et compte sept îles principales, divisée en deux provinces : l’île de Gran Canaria, comprenant également les îles de Lanzarote et Fuerteventura, et l’île de Tenerife, avec La Gomera, La Palma et El Hierro. Le nom de Canaries ne provient pas, comme on pourrait le supposer, du nom de l’oiseau mais serait lié aux chiens (« canis » en latin) qui vivaient dans l’île de Gran Canaria. Ce sont principalement des îles volcaniques, des éruptions sont encore visibles, notamment sur l'île de Lanzarote et un volcan sous-marin est toujours en activité entre Gran Canaria et Lanzarote... Les îles de Lanzarote et de Fuerteventura sont pratiquement désertiques, les îles plus à l’ouest des Canaries, telles que Tenerife et plus particulièrement Goméra le sont beaucoup moins. Je n’aurai pour ma part pas le loisir de les découvrir pleinement, puisque je rentre en France entre fin novembre et mi-décembre (En effet, nous présentons avec l’association « Voiles et Voilages » notre défilé de Mode en voiles de bateaux au Salon Nautique de Paris, je pars ensuite pour un repérage en Chine de quelques jours en vue d’une présentation de notre défilé aux JO 2008). Mais Laurent pourra nous raconter les beautés de cette île dans le prochain carnet de bord ! Nous pensions avoir le temps d’atteindre le Cap Vert, mais l’envoi du safran du régulateur prend plus de temps que prévu, nous devons rester près de Puerto Caléro, au sud de Lanzarote, adresse d’expédition de notre colis.
Deux heures après notre arrivée à Graciosa, une famille française de Nantes, passe nous voir au bateau. Nous les invitons pour un apéro à bord le soir-même, et repassons la soirée ensemble le lendemain, mais cette fois à bord de leur voilier, un catamaran de 18 mètres, gréé en ketch. Cette famille a la particularité d’associer trois générations sur le même bateau ! Les parents Malou et Dominique, leur fille et son mari Claire et Jérôme, et le petit dernier de 17 mois Enzo ! Leur site internet racontant leurs pérégrinations s’intitule tout naturellement http://www.levoyagedenzo.com ! Ils ont ramené leur bateau du Canada. Après avoir travaillé de nombreux mois dessus, ils ont largué les amarres françaises en septembre dernier. Nous espérons que la Mer nous offrira l’occasion de les revoir sur une prochaine destination. Ces six jours à Graciosa nous offrent l’occasion de bien découvrir l’île, en marchant, en footing parfois, nous partons découvrir une nouvelle partie chaque jour. Aucune trace de goudron, toutes les routes et les rues sont de sable, les rares voitures, toutes des Land-Rovers tous terrains, se font rares, le poisson sèche à même le sol devant le port, le village de la Sociedad respire quiétude et tranquillité. A la couleur blanche et éclatante des murs des maisons fait écho la couleur des coques des barques de pêcheurs rehaussées de liserés rouge, bleu, vert… Le port ne compte qu’un seul ponton. Ni eau, ni électricité ne sont fournies, juste la garantie d’un abri sous la bienveillance de quatre volcans endormis. Vu le faible coût de ce port, autant laisser de côté l’idée du mouillage pour cette fois. La végétation y est quasi-désertique, des buissons chétifs jalonnent la côte aride. Les deux volcans que nous avons grimpés ont le point commun d’être surplombés d’une demie-caldeira seulement. Les parties de terre volcanique manquantes, toutes deux tournées vers la Mer, ne laissent pas de doute sur leur destinée. Lorsque nous descendons le versant opposé du volcan le plus au sud de l’île, quelle ne fut pas notre surprise de voir des couleurs si différentes de ce que nous avions vues jusqu’à présent. Des strates aux dégradés d’ocre, de jaune rendent encore si prégnant l’histoire volcanique de l’île. Une large épaisseur de terre sableuse a glissé vers la Mer laissant des murets de lave noire, droits, séchés et fendus par le soleil et les années. Au pied du volcan, nous profitons d’une piscine naturelle s’ouvrant sur l’océan. L’eau n’y est profonde que jusqu’au buste, mais elle nous laisse néanmoins l’agréable plaisir de se baigner, puis de se sécher sur les rochers au soleil. D’autres criques et plages de sable fin plus accessibles offrent l’occasion de bonnes baignades et balades le long de la Mer. Graciosa nous offre aussi l’occasion de bricolage sur le bateau, et autres tâches communes aux escales. L’avant-veille de notre départ, nous faisons la connaissance d’un couple allemand-belge, Véronica et Jean-Paul, propriétaires du bateau sur lequel nous nous sommes mis à couple. Ils ont déjà un voilier, un Trismus de 35 pieds tout équipé voyage, mais voulant plus gros ils ont acheté ce deuxième bateau, une occasion très intéressante mais sur lequel demeure pas mal de travail et du temps. Il n’a pour l’instant ni voiles, ni moteur, et n’ont pas suffisamment d’argent pour avancer efficacement. Ils recherchent donc à vendre vite leur premier bateau. Une bonne affaire à faire, si ça vous intéresse, nous pouvons transmettre le contact.
Vendredi 9, nous quittons les volcans de Graciosa pour rejoindre le sud de l’île de Lanzarote. Le vent se fait absent sur une bonne moitié de notre traversée, et pourtant Lanzarote est connue pour être une île très convoitée par les amateurs de surf et planche à voile. Mais d’autres journées nous confirmeront largement cette réputation. Encore plus que Graciosa, nous sommes surpris par l’absence totale de végétation sur des centaines d’hectares ! Une multitude de cônes volcaniques et de larges plaines de lave noire forment la majeure partie du paysage. Et pourtant ces éruptions ne sont pas ancestrales ! Débutées en 1730, elles ont recouvert en six ans la partie la plus fertile de l’île en repoussant le rivage à l’ouest de 8 kms ! Compte tenu des faibles précipitations et en conséquence du peu d'érosion, le paysage est resté presque intact. Les entreprises de désalinisation y sont très développées pour faire face à l’accroissement du tourisme. Au regard des langues parlées dans la rue, et des menus affichés sur les devantures des restaurants, l’île semble surtout fréquentée par les touristes espagnols, allemands, finlandais et anglais. C’est ce que nous avons regretté à Rubicon et Playa Blanca, ces villes sont vraiment trop touristiques. Les plages sont dénaturées par des successions de centaines de parasols et transats méthodiquement rangés à perte de vue... Que de restos, magasins de souvenirs et de produits détaxés (appareils numériques, parfums, alcools, cigarettes…) ! Pour ainsi dire, il n’y a que ça. Le lendemain nous louons une petite voiture (moins chère qu’un scooter, surprenant !) et partons faire le tour de l’île. Nous voulons nous faire un trek dans les « Montaña del Fuego » (les montagnes de Feu) situées dans le Parc National de Timan Faya. Mais nous déchantons vite, l’accès n’est autorisé qu’à ceux qui acceptent d’y aller en chameau, avec le guide et tout le tralala. Nous poursuivons un peu plus loin, idem péage pour accéder à l’autre partie du Parc National, et des panneaux rappellent régulièrement qu’il est interdit de s’aventurer en dehors du sentier ! J’arrête les critiques, mais il est vrai que Lanzarote, à part pour ceux qui aiment surfer sur les vagues, n’est pas une destination que nous conseillons. Même si se poser sur la plage le jour et se balader ou aller au resto le soir est un type de vacances apprécié par certains, nous conseillons dans ce cas plus Coralejo, sur l’île de Fuerte Ventura, à 5 miles juste en face. Le centre fait moins « construit spécialement pour les touristes », les maisons, les rues, le bord de mer ont plus de charme, il y a une âme. En attendant l’arrivée de notre régulateur, nous allons au mouillage près du port de Coralejo. Comme sur Lanzarote, nous louons une petite voiture pour faire le tour de l’île. Nous partons de l’extrémité nord, traversons les paysages volcaniques jusqu’à rejoindre par des chemins cabossés et caillouteux de la pointe tout au sud, Punta Jandya. Nous ne sommes pas déçus de notre effort. Une jolie crique, sable blanc et eau turquoise nous invitent. Nous ne sommes que tous les deux sur la plage, alors qu’à quelques kilomètres à vol d’oiseau les plagistes s’alignent par milliers ! Nous poursuivons notre escapade par une marche dans des dunes, formées par le sable fin du Sahara poussé par le sirocco. Il y a aussi les dunes de Corralejo, juste à la périphérie de la ville. Mais ne faites pas comme nous, ne vous trompez pas de chemin, longez bien la mer, ou n’y allez pas à vélo ! car vous vous retrouverez à pousser vos vélos dans le sable, ça ne roule pas très bien. Mais au final, ce fut une bonne partie de rires ! Le lendemain, nous partons en bus à El Cotillo. A nouveau, grosses vagues et rouleaux sont au rendez-vous. Au retour d’une de nos balades dans le centre, nous rencontrons devant la grille fermée du port, Luc et Martine, un couple de français, propriétaires de « Tarpon », un cata de 14 mètres. Comme nous, ils sont bloqués pour rejoindre leur bateau dans la marina. Finalement le gardien vient rapidement nous ouvrir. Nous continuons notre discussion à bord de leur voilier autour d’un apéro. Eux aussi, sont de Nantes ! Décidément nous rencontrons beaucoup de bateaux de la région. A croire que les Pays de la Loire attirent les Pays de la Loire ! Leur bateau est devenu depuis quelques mois leur maison principale, ils comptent traverser vers les Antilles d’ici un mois. Nous poursuivons notre découverte des lieux par l’île de Lobos que nous rejoignons en annexe, à quelques miles de notre mouillage. Cette petite île vaut le détour, un lagon, quelques petites maisons, l’occasion d’une belle balade à pied et de baignades sans modération. Enfin, ce jour que nous attendions si impatiemment arriva ! Dimanche 18 au soir, nous découvrons grâce au suivi sur internet que le colis du régulateur est arrivé à Puerto Caléro ! On se rend au port dès le lendemain matin. Le safran auxiliaire est bien là. Ni une, ni deux le voici remonté quelques heures après. Le port étant cher, nous voulons reprendre la mer le lendemain pour rejoindre Tenerife, d’où nous pourrons faire l’ascension du Mont Teide et d’où je pourrai prendre mon avion. Malheureusement les alizés de Nord-Est ont laissé place à un fort vent de Sud-Ouest, qui nous contraint à tirer des bords, avec la mer debout. Sachant que le Nord-Est reviendra dans les prochaines 24 heures, nous relâchons une vingtaine de miles plus loin à Rubicon. Comme nous le disions plus haut, la ville ne nous attire pas trop, mais nous y savourons ce soir l’immobilité du bateau. |
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