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Le voyage de Mandragore autour du Monde...

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Lyndsay Wwrote:
skiurlaub Tirol

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May 24
No namewrote:
Un petit coucou  pour glisser mes voeux tardifs. Merci de vos jolies lignes qui me font revivre tant de lieux que j'ai foulés dans une vie antérieure. J'attends avec impatience vos photos d'Haiti, Cuba, St Barth, San Maarten, ...  Passez vous par Pâques avant Pâques ?  Bon vent modéré.  Bizz
Jan. 18
jacqueswrote:
 
Aventure autour du monde passionnante.
De très jolies photos.
Un blog qui donne envie de voyager - Bravo
 
Jacques
Nov. 25
Carloswrote:
Comme toujours, des belles photos et des jolis visages souriants. Que les vents soient portantspour toi Mandragore
Oct. 12
slt helene et laurent,
j'espere que le voyage bien apparemment oui.le retour en france est prévu pour quand?
un gros bisous
damien (themis)
July 6
June 24

www.levoyagedemandragore.com

La suite du voyage sera à présent actualisée sur notre nouveau site internet :
 

Chapitre 35 Iles Marquises (suite) D'Hiva Oa à Ua Pou (Photos commentées par Laurent)

Fatu Hiva, Hiva Oa, Tahuata, Ua Huka, Nuku Hiva, et bientôt Ua Pou… les mouillages marquisiens se suivent depuis plus d’un mois, tous plus somptueux les uns que les autres.

 


Sur l’ile d’Hiva Oa, Brel et Gauguin reposent dans le cimetière d’Atuona (la seconde bourgade la plus importante des Marquises, 1000 habitants), et dominent le canal du Bordelais, séparant Hiva Oa de l’île de Tahuata.

 

Chacune des six iles principales de l’archipel présente des paysages variés, depuis la plage de cocotiers jusqu’aux hautes cimes boisées de pins. Partout où l’on va, on en prend plein les yeux. Les marquisiens sont pour la plupart bien conscients de vivre dans un paradis, et rares sont ceux qui souhaiteraient vivre ailleurs.

 


Sur L ile de Ua Huka, nous rencontrons Teki, instituteur, sculpteur de tikis, grand orateur, ex-futur maire de Hokatu, mais surtout indépendantiste et fier de l’être. Il y a 20 ans, Teki a fondé un parti politique pour rassembler ceux qui, comme lui, pensent que les Marquises peuvent s’en sortir sans « l’arrosage » systématique de la France. Mais des 300 électeurs répartis dans les 3 villages de l’ile, Téki n’a jamais dépassé les 30%, soit 90 personnes (ce qui doit aussi correspond au nombre de personnes dans sa famille). Téki est à Ua Huka ce que José Bové est à la France : il construit des barricades en barbelés sur les terrains que la France a « volé » à ces ancêtres, il arrache des plaques commémoratives... Bon, ses grandes théories sur « l’après indépendance » ne nous ont pas vraiment convaincus, mais qu’importe, Téki connait sur le bout des doigts l’Histoire de son peuple, et prend soin de tout nous expliquer. Pour nous aider à acquérir l'indépendance des Marquises, il faut en parler un maximum, nous dit-il !

 

Les Marquisiens étaient 50 000 en 1806, à l’arrivée des missionnaires. En 1920, ils n’étaient plus que 2000, ravagés par les maladies apportées par la civilisation (ils sont 8000 aujourd’hui). Il est surprenant de découvrir en pleine végétation de nombreux sites anciennement habités, ou vivaient les grandes tribus des vallées. Il y avait manifestement beaucoup plus de monde que dans les petits villages d’aujourd’hui. Nous apprenons la signification des tikis en pierre ou en bois omniprésents dans la nature, des tatouages sur les corps, des danses guerrières…


Devant la plage, Delphine apprend à Hélène à faire des sacs en palmes de cocotier.


La baie de Hanamenu était il y a 50 ans la plus peuplée de l’île d’Hiva Oa. Des suites d’un Tsunami en 1946 et d’une invasion de nonos (micro-moucherons à maxi piqures !), elle ne compte plus qu’un seul et unique habitant permanent, Eugène, et des chasseurs de temps en temps, comme ceux avec qui nous passons une journée. Mandragore ne désemplit pas de fruits, de viande salée… c’est l’abondance à bord !

Chapitre 34 : 20 mai – 02 juin 2009 : Fatu Hiva, première escale aux îles Marquises

          1. Premières impressions…


20 mai, au matin. Alors qu’on commence à apercevoir les montagnes de Fatu Hiva au loin, un trio de dauphins vient jouer autour du bateau ! Beau cadeau pour notre arrivée ! Ils sont plus gros que ceux croisés aux Antilles ! Chaque heure passant, la côte se fait plus précise. Nous atteignons la Baie des Vierges deux heures avant le coucher de soleil. La vue est grandiose, de belles chaînes montagneuses verdoyantes au beau milieu de l’océan... On aperçoit des cocotiers, bananiers… Le soleil couchant répand des reflets orangés sur toute la vallée. Après notre traversée, où l’horizon n’était chaque jour qu’eau à perte de vue, le spectacle en est presque magique ! On s’enfonce peu à peu dans la baie. De grands pics s’élèvent sur notre bâbord. Voilà ceux qui lui valent son fameux nom de « Baie des Vierges ». Pour la petite anecdote historique, cette baie s’appelait jusqu’au XVIIIème siècle, la « la Baie des Verges », nom donné par les premiers explorateurs européens. Mais rapidement les missionnaires qui ont suivi ont préféré ajouter un « i » plus catholique (!) prétendant que ces rochers surplombant la vallée rappellent plutôt de jeunes femmes attendant l’arrivée des marins… Nous mouillons par 15 mètres de fond près des trois vierges. Pour faire durer le plaisir, on ne descend pas à terre ce soir, on profite du paysage, d’une baignade autour du bateau, on ne se rendra au village que demain.


La Polynésie Française est composée de 130 îles réparties en cinq archipels : les îles de la Société, les Marquises, les Tuamotus, les Gambiers et les Australes, ainsi que l’atoll de Clipperton au large du Mexique.

Parmi les six îles habitées qui composent l’archipel (Hiva Oa, Ua Pou, Ua Huka, Nuku Hiva et Tahuata), Fatu Hiva est l’île la plus au sud des Marquises. Elle compte deux villages de 300 habitants, Hannavave et Omoa, la bourgade prinicpale. Une piste dans la montagne permet de les relier, soit quatre heures de marche, ou une à deux heures de voiture, ou encore vingt minutes en pirogue.


2. Rencontre de la famille Matuuni :


En revenant d’une balade, on traverse les quelques rues du village, une famille nous interpelle, « Arrêtez-vous, bienvenue chez nous ! Nous sommes en train de fêter la victoire de notre équipe au foot ! Buvez un verre avec nous ! ». Cet après-midi, l’équipe d’Hannavave jouait contre l’équipe de l’autre vallée Omoa. Hannavave ayant gagné, ils affronteront dans quelques semaines les équipes des autres îles. La gagnante représentera ensuite les Marquises à la finale sur Tahiti en septembre prochain.

Sur deux semaines d’escale, nous passerons une grande partie de nos journées et repas avec la famille Matuunui. Guitare, chants, danses, apéros, repas… s’enchaînent. On apprend chaque jour un peu plus à se connaître, on rigole bien ! C’est nous disent-ils la première fois que nous pouvons partager autant de temps avec des voiliers. D’habitude ils ne restent que quelques jours. Plusieurs raisons l’expliquent, les formalités à faire sur Hiva Oa ou Nuku Hiva (Fatu Hiva n’est pas un port d’entrée), les vents parfois très forts dans la baie, et le besoin de trouver des magasins pour se ravitailler. Pour notre part, il nous reste encore pas mal de choses de notre avitaillement à Panama, à part des fruits et légumes frais. Ici les pamplemousses, oranges, citrons sont à profusion, offerts par les habitants ou échangés contre des choses du bateau. Et puis, après cette traversée, on avait envie de prendre notre temps, surtout qu’on avait lu et entendu tant de jolies choses sur cette île.

Susanne et Antonio Matuunui, ont huit enfants, de 35 ans pour l’aînée à 7 ans pour le petit dernier. Maryvonne, très proche de sa sœur Susanne, est également souvent avec nous. Parmi les enfants Marie-Hélène, Norbert, Jacques, Antoine, Priscille… Priscille préfère que nous l’appelions de son prénom marquisien « Poerava ». Chaque enfant possède deux prénoms qu’il utilise tous deux quotidiennement, le prénom français à l’école et le prénom marquisien à la maison et avec les copains. Mais les deux s’emploient assez facilement. De même pour la langue. Le français s’utilise principalement à l’école et pour les papiers officiels, le marquisien en famille, entre amis, à la messe… mais on remarque bien souvent que les deux se mélangent. Pouvoir parler français nous permet d’approfondir plus vite les relations, mais on en profite pour apprendre avec la famille chaque jour quelques mots de plus en marquisien. Pas évident ! mais bien amusant ! Kaoha ! (bonjour !) E aha to oe ha katu ? (Comment ça va ?) Memita nui ! (très bien !)

La vie s’organise autour des différents travaux quotidiens. La chasse des cochons et des chèvres sauvages dans la montagne, la pêche au harpon ou à la ligne (poissons, poulpes, langoustes…) assurent la nourriture de base. A cela, comme beaucoup d’autres hommes du village, les Matuunui vendent du copra (de la noix de coco qu’ils vont chercher de leurs cocotiers, puis casser avant de faire sécher la partie blanche quelques jours). Chaque mois, l’Aranui (le bateau qui ravitaille les différentes iles une fois par mois) récupère les sacs pleins et les achemine sur Tahiti. Une entreprise se sert alors de ce copra pour la fabrication de différents produits, le savon, le monoï, certains médicaments… Ce produit, bien subventionné par l’Etat français, est une ressource financière essentielle pour les familles de l’île.

Nous partons avec Norbert marcher deux jours dans la montagne. Il nous emmène jusqu’Ouia, une petite plage où l’on peut dormir près de rochers. Avant, quelques familles y avaient construit des cabanes, ils y habitaient à l’année vivant quasiment uniquement des ressources de la Nature. Aujourd’hui Ouia sert seulement de refuge aux chasseurs qui partent plusieurs jours ou plusieurs mois parfois. Nous empruntons ce qu’ils appellent « le chemin des cochons », traces empruntées par les cochons sauvages, qu’ils utilisent lorsqu’ils partent à leur recherche. La végétation est luxuriante, les passages parfois bien étroits, abrupts, et glissants. L’un deux est d’ailleurs surnommé « le chemin de l’Enfer ». Il faut faire attention où l’on met le pied… Le soir, on se repose autour d’un feu près de la plage, après un bon bain dans la rivière toute proche. Pour dormir, des feuilles de palmiers fraichement coupées nous servent de matelas. C’est plus douillet que je ne pensais ! A part une ou deux souris qui sont venues nous déranger pendant notre sommeil et une petite averse pendant la nuit, on a bien dormi. On revient les jambes et les bras griffés par la forêt vierge, mais ravis de ces douze heures de marche qui nous ont permis de bien découvrir et s’imprégner de l’intérieur de l’île. Et dire qu’ils font ce même trajet portant en fonction des prises des sacs de 50 à 100 kilos de cochons ou chèvres sur le dos ! A la chasse, ils emmènent toujours leurs chiens, mais pas toujours la carabine ! pour des soucis de permis de chasse. Ce sont les chiens qui attaquent le cochon et l’homme qui vient ensuite l’aider avec son couteau ! Mais ce n’est pas forcément le chien ou l’homme qui gagne… Jonathan en a gardé une grosse marque de morsure au mollet, et lors de leur dernière chasse ils ont perdu une de leurs chiennes… Ils n’ont pu la ramener, trop souffrante pour la porter… Lorsqu’ils se blessent, comme Jonathan (encore !) en cassant le copra la veille de notre départ, ils se soignent avec les plantes, le citron pour désinfecter et des feuilles de basilic en pansement pour assécher et cicatriser. C’est en effet bien efficace. Dès le lendemain, la blessure semblait déjà se refermer.


3. Vie dans le village :


Le village offre différents services, une école primaire, une poste, une mairie, un dispensaire, une église et un magasin. Un magasin, un seul. Ses villageois l’appellent d’ailleurs « le » magasin, petit local où l’on y trouve les produits de base. Si l’on souhaite quelque chose de moins fréquent, il suffit de le commander à la boutique, et l’Aranui l’apportera à sa prochaine venue. Les artisans locaux profitent aussi du passage de l’Aranui pour vendre leurs sculptures, tapas et autres objets marquisiens aux 150 touristes de passage. Ces touristes effectuent une croisière d’île en île en même temps que le bateau de ravitaillement, mais ils ne restent que la journée, le temps d’une marche entre Omoa et Hannavave, une présentation de danses locales et ils rembarquent sur le bateau. Quant aux habitants, le passage du « ravitailleur » est aussi l’occasion d’acheter d’autres produits qu’ils n’ont pas habituellement, le reste viendra remplir les étalages du « magasin ». A notre surprise, la plupart des œufs arrivent par bateau. Il y a pourtant des poules sur l’île, mais pas de poulailler nous explique-t-on, les poules pondent dans la brousse, alors…

Pour l’école, les enfants effectuent leur primaire à Fatu Hiva. Ensuite, le collège le plus proche est sur une autre île, à Hiva Oa. Internes, ils ne rentrent que pour les vacances. Pour ceux qui poussent les études après la troisième, ils doivent aller sur Tahiti. Après l’école ou les jours de congé, les enfants d’Hannavave se retrouvent, s’amusent sur la plage, nagent près du quai, jouent aux billes, à la toupie… Une quinzaine rejoignent notre bord. Jouer sur le bateau, faire des dessins, des concours à celui qui répondra à mes questions le plus vite leur plait visiblement beaucoup !

La vie sur Hannavave, c’est aussi la traditionnelle messe dominicale, messe dynamique avec de nombreux chants marquisiens, quelques uns français, accompagnés à la guitare, au yukulele, et surtout entonnés à tue-tête par la cinquantaine d’enfants aux premiers rangs.

Le 26 juin prochain aura lieu une grande foire agricole sur Hiva Oa. De nombreux concours seront organisés (lancé de javelot, mais aussi… grimpe aux cocotiers, course des porteurs de fruits, décorticage de coco…). Des concours de danses marquisiennes rassembleront des groupes de tout l’archipel. Norbert est batteur dans un des groupes, composé d’une dizaine de musiciens, et d’une cinquantaine de danseurs, moitié hommes, moitié femmes. On l’accompagne à l’une des répétitions. Quel déhanché ces polynésiennes… Le plus marrant est de voir les petites filles qui imitent toutes jeunes leurs mamans derrière elles.


  1. Le mouillage devient venteux…


Le mouillage est superbe, sauf quand le vent souffle fort ! Pendant les trois dernières nuits, le vent devient chaque soir plus fort atteignant par rafales près de 50 nœuds (90 kms/h) d’après l’anémomètre de l’un des voiliers au mouillage. Tous les équipages font quasiment nuit blanche, les lampes torches se croisent sur les ponts, certaines ancres dérapent, des voiliers vont se mettre à la cape toute la nuit au large. Le vent siffle, les drisses claquent, la chaîne se tend… c’est la première fois que nous avons autant de vent depuis notre départ. Norbert, Jack et Jonathan devaient passer nous chercher à 6h du matin pour partir avec eux en pirogue dans une vallée voisine, et casser le copra, mais l’alarme cyclone-tsunami s’est déclenchée dans la nuit. Leur maison étant près de la plage, ils ont préparé leurs affaires au cas où il faille évacuer précipitamment la maison pour se réfugier dans celle de la grand-mère un peu plus haut dans la vallée. Finalement, ce sera une fausse alerte. La nuit suivante sera très calme, le vent est tombé.


Nous passons une dernière soirée, cette fois à notre bord, avec Susanne, Antonio et Norbert, puis un petit-déjeuner le lendemain chez eux. Chargés de sacs de pamplemousses, citrons, oranges et bananes… nous levons l’ancre en fin de matinée, cap sur Hiva Oa.

Un bon 15-20 nœuds nous fait atteindre le mouillage d’Atuona en fin d’après-midi. Nous mouillons avec deux ancres, à l’avant et l’arrière, comme tous les bateaux du mouillage. C’est parait-il un mouillage très rouleur et inconfortable. Pour nous, c’est pour l’insant très tranquille. A bientôt !

Chapitre 33 : 15 avril – 20 mai 2009 : Trans-Pacifique (De Panama aux îles Marquises, et escale aux îles Galapagos)

 Notre départ de Panama pour la Trans-Pacifique… C’était il y a déjà presque deux mois. 31 jours de mer nous auront permis de parcourir les 4000 milles (soit 7200 kms) qui séparent Panama des îles Marquises. Entre ces deux points, une seule escale possible, au premier quart de notre route, les îles Galapagos, archipel équatorien mythique pour ses animaux marins. Puis les 23 jours restants… de l’eau, de l’eau, et encore de l’eau avant de pouvoir crier le mot magique « Terre ! Terre en vue ! ». « La baie des Vierges », et son petit village au fond de la vallée « Hannavave », sera donc notre première escale aux îles Marquises. Deux semaines à vivre au rythme marquisien, d’autant plus grâce à la rencontre d’une famille avec qui nous nous lions d’amitié et passons la plupart de nos journées : repas en famille, danse, guitare, marches dans la montagne, chasse, pêche… Nous venons de quitter Fatu Hiva pour Hiva Oa, et comptons ainsi remonter d’île en île l’archipel jusque mi-juillet, avant de rejoindre les Tuamotus, puis Tahiti courant août.


  1. Navigation de Panama aux îles Galapagos


15 avril… Notre dernier petit-déjeuner au mouillage de la Playita Flamenco, partagé à bord avec David, Anne, et Léa de « Water Melon », et Manu de « Qovop ». On ne s’est pourtant vu que très peu, mais il y a des gens comme ça, dès qu'on les voit, on sait que le courant va passer. Ca se lit dans leurs yeux, dans l'énergie qu'ils dégagent. « Qovop »... quelques mots de plus sur le voyage et le chouette projet de ces trois gars sur leur bateau rouge. Allez voir leur site www.qovop.eu. Tous les trois sortant des études, ou quasiment, Manu, Baptiste et William ont cherché des sponsors, monté des échanges avec des écoles (de Vendée !) et se sont lancé le défi de réaliser leur Tour du Monde à la voile en 600 jours, 300 jours de préparation et 300 jours de voyage. Finalement, ils savent déjà que 300 jours seront sûrement trop courts, mais ils adapteront et pourront développer d'autant plus la partie pédagogique dont les échanges avec les écoles pendant leur voyage. « Qovop », comme les premières lettres de « Quand On Veut On Peut ».

11h00, c’est parti… le grand saut, on relève l’ancre ! Au-revoir Panama ! On est plutôt chanceux à notre départ. On s'attendait à peu de vent sur cette partie, mais nous quittons Panama voiles pleines, en ciseaux, et génois tangon. On avance à 6-7 nœuds au 190. Généralement on rencontre une bonne période de port-au-noir jusqu'aux Galapagos, puis un vent bien soutenu jusqu'aux Marquises. Après deux premiers jours de bon vent de Nord, on n’échappe pas à la règle. Les vents faiblissent, tournent et restent Sud faiblards jusqu’aux Galapagos. On alterne voiles seules ou soutenues par le moteur pour bénéficier des moindres petites brises. A notre regret, le ronronnement du moteur couvre alors le bercement des vagues pendant quatre jours... mais même à petit régime, avec le courant porteur cela permet de conserver une vitesse de 5-6 nœuds de moyenne sans forcer, alors que sans on oscille entre 1 et 2 nœuds.

Les cargos sont au départ très présents, ils viennent des deux sens, ce qui est bien compréhensible vu la zone. Puis, plus rien ! Pas un bateau… Cette impression sera encore plus marquée entre les Galapagos et les Marquises, des jours, des semaines sans trace de vie humaine à l’horizon ! Seuls les poissons, deux grosses tortues (!) et de temps en temps quelques oiseaux… Plusieurs soirs de suite, certains venaient longuement tournoyer autour du bateau. On se demandait ce qu'ils cherchaient jusqu'à ce que l'on comprenne qu'ils lorgnaient sur nos deux leurres et hameçons ! Nous avions mis deux lignes de pêche à la traîne derrière le bateau. Autant éviter qu'ils plongent pour essayer de les pêcher, on a donc rangé notre matériel…


  1. Les îles Galapagos


23 avril, vers 14h, huit jours plus tard, nous mouillons aux îles Galapagos, sur l’île de Santa Cruz. On pensait s’arrêter un jour ou deux sur San Cristobal pour se reposer, mais la réception d’un mail d’amis en voilier nous fait changer d’avis : Dixit Pascal de « Kamoke » : « Nous sommes à Santa Cruz, à Puerto Ayora. Nager avec les otaries, ça déchire »… On pousse donc jusque Santa Cruz, et de là, on avisera !

Normalement, le droit de faire escale aux Galapagos pour les voiliers de passage est de 250 dollars pour 20 jours ou gratuit pour 24 heures. Les voiliers ont droit de faire escale sur une seule île parmi les trois accessibles à la voile sur l’archipel. De plus, parait-il, on ne peut se balader sur l’île et rendre visite aux animaux sans être accompagné d’un guide qu’il faut évidemment payer. Et si on ne le fait pas, ces mêmes guides peuvent nous dénoncer auprès des autorités.

Finalement, nous aurons beaucoup de chance. Il n’en sera pour nous rien de tout ça. Peut-être parce que nous arrivons le weekend des élections en Equateur, peut-être parce qu’à Puerto Ayora, les voiliers sont assez nombreux, du coup on se fait plus discret dans la masse. Mais personne ne vient nous voir. Au lieu de 24 heures, on reste quatre jours. Et à terre, idem, on peut se balader, marcher dans l’île sur les plages favorites des iguanes et des fous à pattes bleues, profiter des tortues géantes de terre - surprenant qu’on puisse les approcher de si près, les toucher. Elles ne sont pas du tout craintives, même plutôt très curieuses - ou des otaries qui se baignent autour du bateau en toute tranquillité et font la sieste sur les bateaux inhabités ! Il n y a pas a dire, même quand on est grand (euh... enfin sais pas trop !), on garde toujours des yeux d’enfants lorsqu’on regarde ces animaux...

Mais il ne faut pas abuser des bonnes choses… ce serait dommage de se faire épingler maintenant, on quitte le mouillage le lundi matin. Vu que personne ne nous a remarqués sur Santa Cruz, on veut s’arrêter à Isabela, puerto Villamil, mais nous n’avons pas de cartes papiers suffisamment précises et nos cartes informatiques ne sont pas détaillées pour cette zone. On arrive du mauvais côté de la passe. Il nous faudrait faire demi-tour, mais ce détour sera trop long pour nous permettre d’arriver avant la nuit. Tant pis, on en déjà bien profité, on n’imaginait pas cette escale aussi bien remplie, qui plus est sans rien dépenser ! On continue direction les Marquises, 2959 milles en route orthodromique (en ligne droite).


  1. Trans-Pacifique des Galapagos aux Marquises


a) Navigation :


23 jours de mer, il s’agit pour nous de la traversée la plus longue sans toucher terre depuis notre départ de Noirmoutier il y a un an et demi. Nos plus longs trajets jusqu’à présent étaient de 15 jours entre le Brésil et la Guyane, et de 11 jours pour la Transat entre le Cap Vert et l’île brésilienne Fernando de Noronha. A priori, la suite du voyage ne se composera que de navigations de durée inférieure. Notre planète bleue offre ensuite de multiples escales d’île en île avant de rejoindre la Nouvelle Zélande, puis l’Australie et l’Asie.

Dans l’ensemble, nous pouvons dire que notre trans-pacifique fut bonne. Nous avons d’abord fait route bien au Sud pour quitter plus rapidement les calmes équatoriaux et récupérer les alizés à 6 degrés Sud. Au troisième jour, les vents se renforcent nettement. Sud-Sud-Est force 4, puis 5. On est quasiment tout le temps à 7-8 nœuds, voire un peu plus ! Les dix jours qui suivent, les milles s’égrènent à vive allure sous l’étrave, entre 150 et 170 milles par 24 heures. Heureusement qu’on est au portant, et pas au pré… le confort de navigation ne serait pas le même… Puis les vents deviennent plein Est, ce qui signifie pour nous une navigation plein vent arrière, voiles en ciseaux. Avec la houle, ce n’est pas une allure bien confortable pour Mandragore. Il nous faudrait un spy, mais on n’en a pas. On choisit alors de modifier nos plans, pourquoi pas se mettre au grand largue et faire cap au 230 sur les Gambiers ? Après tout, personne nous attend aux Marquises, on peut faire ce détour et cela nous fera une étape de plus à notre voyage.

Deux jours plus tard, les vents tournent au Sud, 25 nœuds d’après la météo, mais dans les faits on a l’impression d’avoir davantage... De plus, la météo prévoit toute la semaine à venir des vents de Sud Ouest de 35 nœuds sur la route des Gambiers. Tant pis, on oublie cette option, on fait à nouveau du plein ouest, cap sur Fatu Hiva, comme l’était notre première idée.

Seizième jour, les vents mollissent 3-4 puis 2-3, et la houle se fait plus agréable, ce qui nous permet de bien tenir les voiles en ciseaux. En voiles d’avant, on associe génois lourd tangoné d’un côté et génois léger de l’autre - ça n’a pas l’efficacité d’un spy, mais ça peut s’en rapprocher ! -, à l’arrière grand-voile pleine et artimon. On en profite aussi pour essayer le booster des anciens propriétaires que je venais de réparer, mais une partie du tissu est vraiment trop cuite par le soleil, il ne tient même pas trois minutes, juste le temps de faire une photo, et la bande de tissu blanche se déchire à un autre endroit sur sa longueur, alors que les bandes colorées tiennent très bien. C’est ce que m'avait expliqué David, un ami voilier, le fait de colorer les tissus de voile de spi, en plus de faire joli, la surcouche de teinture renforce la solidité de la toile. Il faudra remplacer cette partie lorsqu’on trouvera la toile adéquate. En attendant, on remet le génois lourd et le génois léger en ciseaux. Mine de rien, on en passe du temps aux manœuvres… Avec ce bel ensemble, on conserve de bonnes moyennes, jusqu’aux 48 dernières heures… où le vent faiblit, puis tombe complètement. Le ciel est gris, un temps à grains. La mer devient d’huile, toute lisse, pas une ride. Bien dommage qu’on n’avance pas, mais en attendant le spectacle est magique. Les formes des nuages, leurs couleurs se reflètent parfaitement dans l’eau, tel un miroir. Lorsqu’on veut démarrer notre moteur, il fait un bruit bizarre comme quelque chose qui frotte quelque part avec du gaz qui s’échappe par le haut. Laurent regarde, il s’agit en fait de l’étanchéité d’un injecteur. Il faudrait un joint neuf. On a pourtant pas mal de choses à bord, mais ça on n’en a pas… On parvient à faire une réparation temporaire, et ça repart, mais il ne faudra pas tarder à trouver un nouveau joint. On aurait bien aimé faire nos derniers milles à la voile avant les Marquises, mais ce sera compensé par la venue des dauphins autour du bateau à quelques heures de notre arrivée et les superbes paysages que nous offre la Baie des Vierges au coucher du soleil… Mais je m’arrête là, car on en parlera dans notre prochain carnet de bord.


b) La vie à bord :


Un mois de mer, ça peut paraître long, mais je pense alors aux concurrents du Vendée Globe, ou à Maud Fontenoy lorsqu’elle traversa ce même océan à la rame… (cf. son livre « Le Pacifique à mains nues »), la notion de durée est alors très vite relativisée ! Entre les manœuvres, les quarts (rotations toutes les 4-5 heures la nuit et le matin), la préparation des repas, l’entretien du bord, la réception de la météo et des mails… les journées passent plutôt vite. Et puis, on prend le temps de faire beaucoup de choses qu’on n’a finalement jamais le temps de faire à terre. Pour ma part, j’en ai par exemple profité pour bien bachoter mes livres sur la lecture des étoiles et celui sur la mythologie grecque. C’était passionnant, comprendre comment tout s’imbrique, pourquoi tel nom d’étoile, quelles sont les relations mythologiques entre les constellations… le ciel est une vraie histoire de famille autour du grand Zeus, mais aussi un vraie conte de fée !

Si nous avions eu à barrer, la fatigue à bord aurait forcément été différente. « Hercule », notre régulateur d’allure avec lequel nous avions eu des soucis au début, a barré pour nous sans souci. Lorsque la houle ou les vents le contraignaient à corriger des écarts de route trop importants, nous l’avons couplé avec le pilote automatique. Les deux associés se combinaient dans ce cas très bien. Le pilote automatique ne redressant que de temps en temps, ne consommait donc que peu d’énergie.

La vie à bord, c’est aussi faire attention à notre consommation en eau… Cela veut notamment dire vaisselle et douche à l'eau de mer. Mais pour la douche, on s’autorisait tout de même un rinçage à l’eau douce avec un ou deux litres, et les jours de shampoing deux à trois litres. Rien qu’en faisant attention à ces deux postes, on diminue très significativement notre consommation. Il ne reste alors plus que l’eau pour boire, se laver les dents, les pâtes ou le riz, mais on mangeait plus souvent des légumes. On a réussi à en conserver sur une grosse partie de notre trajet. On a ainsi consommé que 5 à 7 litres d’eau par jour à deux. Ce n'est pas beaucoup, on avait évidemment prévu plus. Mais en cas de pépin, il vaut mieux avoir de la marge. L’eau douce est une denrée précieuse, encore plus en pleine mer. En l'écrivant, je me dis, c’est un comble, sur un bateau on est pourtant entouré d'eau, on ne voit que de l'eau, de l'eau, toujours de l'eau, et pourtant, trop salée et nocive pour la santé, on ne peut que la boire des yeux !


c) La pêche :


Grand sujet… Jusqu’à présent on n’était pas bien fier de nos performances se rapprochant souvent du zéro et dépassant rarement les un ou deux poissons par traversée. Des poissons volants ou parfois même des poulpes (!) atterrissaient d’eux mêmes sur le pont du bateau, mais des dorades ? des carangues ? des thons ? On commençait à se demander si ça venait de nos leurres, des hameçons, de la longueur de traine... Cela venait effectivement un peu de tout ça. Grâce aux conseils prodigués à Panama par des bateaux amis, nous avons changé la donne. Tout particulièrement « Qovop » qui nous a offert un de leurs leurres et leur manuel sur « la pêche à la traîne » qu’ils connaissent maintenant par cœur ! Ce n’est finalement pas si simple que ça, hameçon trop petit ou rouillé, leurre abîmé, plomb trop lourd… Désormais, nous n’avons plus d’excuse ! Pour ma part, une fois que le poisson a mordu, j’ai toujours du mal à lui enlever l’hameçon... je préfère que ce soit Laurent qui le fasse, il me dit que si je pêche, il faut que je fasse les choses jusqu’au bout. Oui... c’est vrai, mais je lui réponds que comme ça on fait équipe ! Très vite de belles dorades coryphènes ont mordu à notre hameçon ! Bon, il ne faut pas non plus être trop exigeant, nous n’avons eu que des dorades. Dégustées en filets à la poêle, ou séchées au soleil, en entier ou en papillotes au four… c’était très bon !

Sauf une fois, où j’ai fait ce qu’on appelle une « intoxication ». Juste après l’avoir avalé, j’ai commencé à avoir très mal à la tête, et devenir d’après Laurent toute rouge, la tête et le buste, avec des plaques sur le reste du corps. Je me suis endormie tout l’après-midi. En fin de journée à mon réveil, c’était fini. Nous avions pêché ce poisson d’un mètre la veille au soir. Trop gros pour un seul repas, et trop tard pour commencer à se lancer dans la découpe de filets séchés. On a protégé le restant dans le cockpit en se disant qu’il patienterait bien une nuit. On n’aurait pas dû. Il n’a pas supporté l’attente à température ambiante. Pour Laurent, pas de maux de tête, mais un bon mal de ventre. Lorsqu’on est que deux, il faut finalement mieux pêcher de petits poissons ! On a été obligé de jeter le reste de mes papillotes…


d) Les échanges avec les enfants


Pour finir, quelques mots sur les échanges réalisés avec les enfants même pendant notre traversée. Grâce à notre BLU, nous avons pu poursuivre le dialogue par mails avec les enfants hospitalisés du Mans et ceux de l’école Rose des Dunes de Barbâtre à Noirmoutier. De plus les enfants ont continué leurs travaux et leurs recherches liés à la mer : écrits, dessins, exposés, sorties liées à la mer... Une partie de leurs travaux est en ligne. Nous avons également établi des rapports avec Maud Fontenoy qui a envoyé une dédicace aux enfants. Dans son message, Maud leur écrivait notamment « J’espère que vous vous battrez pour réaliser votre rêve ». Suite à cela, chacun des enfants lui a répondu. Vous pouvez lire leurs messages sur notre site internet (cf. pages « Ecole Noirmoutier » et « CHU Le Mans »)

Pendant notre trans-pacifique, un des enfants m’a demandé : comment se passe pour vous la nuit en mer ? Sa question m’a inspirée un petit texte écrit pendant un quart de nuit. Après tout, pourquoi ne pas le partager avec vous aussi ? Peut-être que certaines des personnes qui liront ce carnet se poseront également la question. La mer la nuit, ce n’est pas que ça, mais c’est notamment ça… A bientôt !


« La nuit »


Enfant, comme tout enfant je pense, j’ai craint la nuit,

Ses ombres, ses bruits mystérieux, ses soi-disant esprits,

La mer m’aura appris à m’en faire une amie.

Aujourd’hui, chaque soir en mer, je regarde le jour s’en aller,

Sans appréhension je commence mon quart, j’attends la nuit.

Je sais qu’un autre spectacle va bientôt s’installer.


Chaque nuit est différente.

Certains soirs, une nuit noire, sans lune, sans une âme vivante,

Une nuit noire et impénétrable, une nuit noire et inquiétante,

Une impression bizarre d’être sous un couvercle enfermée,

Et pourtant Mandragore poursuit imperturbable son avancée.


D’autres soirs, au contraire, plus de couvercle, mais l’infini des cieux.

Un spectacle magique s’offre à mes yeux,

Des millions d’étoiles scintillent de mille feux.

Je pense à toutes celles que je vois, et toutes celles que mon regard ne peut atteindre.

Jamais, je ne veux me lasser de les admirer,

Je veux apprendre à les reconnaître, leur parler, les appeler par leur nom,

Cassiopée, Pégase, Bérénice, Orion…

Vous observer autour de la voûte céleste poursuivre votre douce et lente rotation.


D’autres soirs encore, comme ce soir, la lune apparaît.

Rassurante, elle donnera chaque nuit un peu plus couleurs et reflets

Aux choses, aux éléments. Un fin quartier suffit, et déjà la vie renaît.

La houle se forme et se déforme.

Sur sa peau fripée, se reflètent les rondeurs lumineuses de l’astre qui la surplombe,

Tandis que les voiles gonflées se détachent fièrement de l’ombre.


Bientôt à son tour la lune s’en ira.

La myriade de pépites d’or peu à peu s’effacera.

Faut-il être triste de les voir s’évanouir ?

Faut-il à tout prix vouloir les retenir ?

Ou faut-il se réjouir d’un autre spectacle à venir…

April 14

www.levoyagedemandragore.com

La suite du voyage sera à présent actualisée sur notre nouveau site internet :
 
 
 
 

Hélène Leroyer-Goulet et Laurent Goulet

PROGRAMME de NAVIGATION :

Réalisé en 2007 :
Juin-Juill : Noirmoutier, Yeu, Ré, La Rochelle, Golfe Gascogne
Juill-Oct : Noirmoutier
Oct : Golfe Gascogne, Espagne, Portugal, Madère
Oct-Dec : Canaries
Dec-Janv : Cap Vert

Réalisé en 2008 :
Janv : Transatlantique
Janv-Fev : Brésil
Fev-Avril : Patagonie (Argentine, Chili)
Avril-Mai : Brésil
Mai : Guyane française
Mai-Sept : Martinique, Ste Lucie
Sept-Oct : Martinique, St Vincent, Ste Lucie, Grenadines, Grenade, Dominique
Oct-Nov : Guadeloupe, Saintes, Marie-Galante, Antigua
Nov-Dec : St Barth, St Martin, Iles Vierges
Dec : Haiti
Dec-Janv : Cuba

Réalisé en 2009 :
Janv : Providencia

En prévision :
Janv-Fev 2009 : San Blas, Panama, Costa Rica, Nicaragua
Mars... : Traversée du Pacifique, Polynésie française...